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Jeudi 29 mars 2007

On savait ses jours comptés: l'iboga, plante sacrée originaire du Gabon, est officiellement interdit en France depuis la parution au Journal officiel le 25 mars d'un arrêté du ministère de la Santé. Après le décès d'un jeune homme au mois de juillet dernier en Ardèche lors d'un stage du collectif Meyaya, la mise en examen des dirigeants de l'association et la parution du rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui s’inquiétait de l’engouement grandissant en France pour le chamanisme les plantes enthéogènes en général et l'iboga en particulier, l'affaire paraissait bouclée. C'est donc chose faite, a-t-on appris hier dans un communiqué de presse de l'Afssaps.

"Compte tenu des effets neurotoxiques, des propriétés hallucinogènes de l’Iboga et de la survenue croissante d’intoxications aiguës ayant conduit à des cas de décès, le ministre chargé de la Santé a décidé, après avis de la Commission nationale des stupéfiants et des psychotropes réunie le 19 décembre 2006 et sur proposition de l’Afssaps, d’inscrire sur la liste des stupéfiants : les plantes Tabernanthe iboga («Iboga») et Tabernanthe manii, l’ibogaïne, ses isomères, esters, éthers et leurs sels."

De plus, "actuellement aucun intérêt thérapeutique n’est démontré ni pour l’Iboga ni pour l’ibogaïne, bien que celui-ci ait été évoqué et étudié notamment dans le traitement de la dépendance aux opiacés, à la cocaïne et à l’alcool (Etats-Unis et Israël)". Ce que contestent les défenseurs de la plante. Qui n'ont pas encore réagi à ce classement.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Jeudi 29 mars 2007


Qui veut la peau du prince Nayef Bin Fawaz al-Shaalan, gendre du ministre de la Défense saoudien? Tout le monde, à en croire son avocat, Jacques Vergès. C’est en tous cas ce que le maître du complot a plaidé hier à Bobigny dans le dernier volet de "l’affaire de la coke saoudienne". Une affaire qui risque de rester très virtuelle, puisqu’elle s’est déroulée en l’absence des dix prévenus (colombiens,espagnols et saoudien, donc) accusés d’avoir, en mai 1999, importé en France deux tonnes de cocaïne en provenance de Caracas à bord d’un avion saoudien protégé par l’immunité diplomatique. Une absence saluée par une certaine unanimité dans les réquisitions du parquet: dix ans ferme pour tout le monde, prince compris. Devant la presse, puis au fil d’une heure de plaidoirie, Me Vergès l’a pourtant martelé: tout le monde en veut à son client parce qu’il est un prince et qu’il est arabe.

En tête de liste de ses ennemis, donc, les Etats-Unis, qui auraient ourdi le complot en distillant de fausses informations sur l’implication du prince avec des narcos colombiens. Quatre raisons, selon l’avocat, à cette «manipulation»: le prince Nayef, lorsqu’il était étudiant aux Etats-Unis, aurait monté une association musulmane regroupant noirs et arabes. Ce qui aurait été «mal vu»… Puis il aurait traîné en Afghanistan, où il aurait côtoyé Massoud. «Mal vu». Sa famille serait francophile depuis Bonaparte et lui-même est un ami de Chavez. Enfin, il aurait eu l’impudence de créer une banque islamique qui aurait pu concurrencer les grands groupes américains.

Mais la France ne serait pas blanc-bleu non plus à en croire l’avocat: «Les autorités française ont été lâches, la police a cru les Américains.» Un policier en particulier, ou plutôt un ex-flic, s’attire les élégances de Me Vergès: Fabrice Monti, qui a participé à l’enquête avant d’écrire la Coke saoudienne, un best seller («enfin ce qu’il croit être un best seller, c’est une grosse merde») très détaillé, très à charge et… très convaincant. Pour quelle raison en voudrait-il au prince? «Quand on s’appelle Dupont-Lajoie et qu’on met en cause un prince, on est forcément connu.» Les membres du Cartel de Medelin qui le dénoncent comme leur associé? Comment croire ces «chevaux de retour» qui accusent un prince «jamais condamné» (un dossier de trafic d’armes aurait toutefois disparu aux Etats-Unis). Et puis ils auraient voulu «plaire aux Américains» et obtenir ainsi une réduction de peine. Ce qu’ils ont eu à Miami et qui fait contester ce nouveau jugement français par leur avocat.

Le «package» complot que vendent Me Vergès et le frère du prince Nayef, Saoud, est complet: outre le mobile des Américains, il fournit de possibles coupables de substitution (ainsi l’avocat insiste-t-il lourdement sur deux dirigeants de la banque du prince qui étaient avec sa famille et lui à bord du fameux vol qui transportait la coke) et une preuve irréfutable de l’innocence du prince: la poudre serait arrivée le 15 mai à Paris, soit 24 heures avant lui, comme le prouverait un fax envoyé par le témoin clé.

Mais alors comment expliquer notre incrédulité face à ces arguments? D’abord, le dossier à charge est assez lourd, bien qu’aucune preuve irréfutable ne lie le prince à la cocaïne. Mais les coïncidences sont aussi nombreuses que troublantes. Les aveux également. Par ailleurs, les Américains, s’ils sont bien à l’origine de l’information sur le prince, n’ont que peu coopéré avec la justice française, ne donnant pas l’impression de persécuter ce dernier. Aujourd’hui encore, les autorités françaises elles-mêmes semblent embarrassées pas l’affaire et peu pressées de mettre la main sur celui qui ne sort plus de son pays et ce alors que des contrats d'armement sont en cours (lire dans le Monde). Alors en veut-on réellement à Nayef Bin Fawaz al-Shalaan? Serait-il au contraire encore en liberté s’il n’était pas, justement, un prince arabe? Jugement le 9 mai.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Dimanche 25 mars 2007

«Un important fournisseur de marijuana du Massachussets a été retiré de la circulation et privé de ses profits illicites. Je voudrais remercier les agences fédérales et locales qui ont contribué à amener Sean Bucci devant la justice.» Ainsi s’exprimait, le mois dernier, le procureur Michael J. Sullivan, à l’issue du procès d’un ancien DJ de la banlieue de Boston de 34 ans, reconnu coupable d’avoir détenu une tonne de marijuana.

Evidemment, la défense ne voit pas les choses du même œil: «M. Bucci attend sa sentence concernant une myriade d’accusations… dont la plupart ont été inventées de toutes pièces par le bureau du procureur après la création de ce site web», apprend-on à son bureau. «Ce site web»? Sean Bucci est le fondateur d’un site pas comme les autres: www.whosarat.com, qui pourrait bien lui avoir attiré une certaine rancune des pouvoirs publics. L’objectif de Whosarat («qui est une balance?») est en effet de divulguer au public, contre rémunération, le nom d’informateurs de la police américaine (il contiendrait actuellement 4237 informateurs et 423 agents).

Officiellement, il ne s’agit que d’aider les avocats en leur permettant d’identifier les accusateurs de leurs clients. «La police recrute des junkies et d’autre criminels comme informateurs. Ces gens ont de longs casiers, que la police efface», expliquait Bucci à Citypaper en 2004. L’idée lui serait venue lorsqu’il a lui-même été balancé, à tort juge-t-il, par un ancien ami qui l’accusait de lui avoir vendu de l’herbe. Dès son lancement, en août 2004, Whosarat est élu «site le moins éthique du mois». Entretien avec son actuel manager, Chris Brown.

Comment est né ce projet?

L'idée nous est venue parce que M. Bucci peinait à obtenir des informations sur une balance qui avait fourni de faux renseignements aux autorités à son sujet. M. Bucci a été victime d'un mouchard très bien payé.

Avez-vous vous-même connu des problèmes avec la police?

A part des infractions mineures (code de la route...) quand j'étais plus jeune, non.

Ne craignez-vous pas que votre site soit avant tout utilisé à des fins criminelles?

Comment? Ce site n'est qu'un forum où les gens déposent des informations. Comme l'a souligné l'avocat général du Massachussets, Martha Coakley, il est le pendant du fichier des criminels sexuels du gouvernement.

L'une des personnes "outées" sur votre site a-t-elle eu des problèmes avec quelqu'un qu'elle aurait dénoncé à la police?

Pas à ma connaissance. Mais j'imagine par exemple que les personnes qui se sont fait balancer ne s'associent plus avec leurs dénonciateurs…

Ne craignez-vous pas d'encourager la violence?

Non! Nous ne prônons absolument pas la violence. Ce site ne vise qu'à partager des informations. Ce que les gens font de ces informations par la suite, c'est leur problème. Nous ne faisons qu'essayer de rééquilibrer les choses. Le parquet a tout le temps de préparer un dossier contre un accusé. Un accusé, lui, n'a généralement pas plus de 15 jours pour se préparer après avoir reçu les preuves retenues contre lui. Ce site permet aux gens de partager des renseignements sur des informateurs qui ont probablement balancé dans le passé, ont reçu de l'argent pour ça, mais continuent à commettre des crimes parfois pires que ceux qu'ils dénoncent.

Avez-vous déjà été poursuivis pour avoir nommé quelqu’un?

Non, mais j'en serais presque ravi. Qu'une balance dépense l'argent que le gouvernement lui a donné pour payer un avocat pour un procès qu'il perdra… Encore une fois, nous ne sommes qu’un forum qui permet aux gens de mettre des informations en ligne. Et la Constitution et la jurisprudence protègent les propriétaires de sites web concernant le contenu mis en ligne par un tiers.

Avez-vous eu d’autres problèmes avec la police depuis l'ouverture de ce site?

Je suis persuadé que la police n'apprécie pas ce site. Mais même si les policiers utilisent des informateurs, ils ne les aiment pas beaucoup. Avez-vous déjà entendu parler du Blue wall of silence?

Vous arrive-t-il de censurer des commentaires appelant à la violence?

Nous le faisons lorsque nous repérons de tels messages, mais le cas ne s'est pas souvent posé.

Connaissez-vous le profil de vos donateurs et sont-ils assez généreux pour vous permettre de vivre de leurs contributions?

Nous ne connaissons que le profil de ceux qui sont inscrits. Et non, leurs contributions sont loin de suffire. La quantité de bande passante que le site utilise est incroyable. Les donations ont permis de baisser le coût, mais ne permettent pas de financer le site et encore moins de réaliser des profits.

Quelles sont alors vos autres sources de revenus?

L'inscription comme membre et les t-shirts de soutien. Nous avons à peu près 5000 visiteurs par jour, mais tous ne sont pas enregistrés.

 

Sean Bucci risque aujourd’hui entre dix ans et la perpétuité. Verdict le 24 mai.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 19 mars 2007
Voilà au moins un sujet de concensus entre les trois principaux candidats à la présidentielle: il n'y aura pas de dépénalisation du cannabis. Après la «guerre totale» de Sarkozy et le fuyant «débat» de Royal, le troisième mousquetaire de l'Elysée, invité hier de Skyrock, a tranché à son tour: pour ceux qui en auraient douté, Bayrou est contre la dépénalisation. D'ailleurs, bien qu'«un peu tout fou» (on peine à le croire!) lorsqu'il était adolescent, le petit François a affirmé n'avoir «jamais touché à la drogue»... C'est sa maman qui doit être fière.
Le candidat de l'UDF s'affiche ainsi très en retrait de la position de l'un de ses jeunes lieutenants, le député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde, qui s'était prononcé, en novembre dans C dans l'air, pour la dépénalisation: «Ce serait mauvais pour la santé publique, mais en matière d'ordre public, on gagnerait sans doute beaucoup de terrain.» Un recul que n'a pas manqué de rappeler le Circ, dans une lettre adressée hier à Bayrou. Comme pour ne pas décevoir ses jeunes auditeurs, ce dernier a tout de même concédé: «Si je suis élu président de la République, j'aimerais qu'on se réunisse pour faire de la prévention efficace.»

Il faisait ainsi fidèlement écho à Ségolène Royal, qui, dans sa propre lettre adressée au Circ, appelait de ses voeux une
«action publique de prévention plus efficace pour lutter contre toutes les formes de toxicomanie». Nicolas Sarkozy, lui, tout à sa posture sécuritaire, continuait, samedi sur Skyrock, à préférer à la prévention la «contraventionalisation, qui introduirait un véritable interdit social, parce qu'(il) n'autorisera pas la drogue». Oubliant de rappeler qu'en tant que ministre de l'Intérieur, il n'avait rien modifié du tout ces cinq dernières années, si ce n'est à la sauvette dans sa loi sur la délinquance des mineurs.
Ce qui est étonnant dans ce triple refus d'envisager toute forme de dépénalisation, c'est que les trois candidats semblent s'accorder sur un autre point: l'actuelle loi de 1970 est obsolète. Une évidence lorsque l'on regarde ce qui se passe chez nos voisins européens: la France est, avec Chypre, la Grèce, la Finlande et la Suède, la seule dans l'Union à 25 à considérer la simple consommation de cannabis comme une infraction pénale (lire le rapport de l'OEDT). Ségolène Royal l'a reconnu dans sa lettre au Circ. Nicolas Sarkozy samedi sur Skyrock et François Bayrou hier sur la même antenne.
Et pourtant, il y a fort à parier qu'en mai 2012, le débat en sera exactement au même point. Entretemps, et au rythme actuel, plus de 500 000 Français auront été arrêtés pour consommation de cannabis. Au nom d'une loi
«obsolète».
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Samedi 17 mars 2007

Simple provocation ou réelle revendication identitaire? Après avoir suscité en décembre la colère de Washington en étendant les cultures légales de coca, le parti du président bolivien Evo Morales, lui-même ancien cocalero, propose de remplacer les traditionnels rameaux de laurier et d’olivier figurant sur le drapeau national par… des feuilles de coca.

«Les rameaux de laurier et d’olivier seraient remplacés par la feuille sacrée et millénaire de coca, comme symbole de constance, d’économie populaire, de conscience culturelle, de résistance et de cohésion sociale», stipule la proposition soutenue par la commission de la coca de l’Assemblée bolivienne (en espagnol sur BBC world). De plus, poursuit Sabino Mendoza, vice-président de la commission de la coca, «le laurier est le symbole de Rome et l’olivier celui de l’Espagne». A en croire l’AFP en espagnol, cette proposition aurait toutefois provoqué l’hostilité des milieux conservateurs et intellectuels, qui soulignent que la feuille de coca n’est le symbole que des seules régions andines du pays. L’ambassade des Etats-Unis ne semble toujours pas avoir réagi sur ce point.

Au rayon des idées pour le moins originales, un autre élu du peuple, kirghize cette fois, a suggéré la semaine dernière que son pays relance provisoirement sa production d’opium, pour régler son faramineux problème de dette publique. Pour Azimbek Beknazarov, chef du Parti national du renouveau Asaba, c’est, à l’image de ce qui s’est passé en Afghanistan, la seule manière de convaincre la communauté internationale d’effacer la dette : «Après ça, toutes les organisations internationales vont s'affoler et proposeront d'elles-mêmes d'éponger nos dettes», a, selon l’AFP, expliqué le député.

Si la proposition pourrait, de prime abord, paraître plein de cynique bon sens, la situation de l’Afghanistan ne laisse pas vraiment place à l’optimisme. Reste qu’à faire de la «guerre à la drogue» dans les pays producteurs une des priorités de la communauté internationale pour lutter contre ses propres problèmes de toxicomanie, l’Occident récolte ce qu’il a semé. Nul doute que demain, dans d’autres pays pauvres de la planète, d’autres Beknazarov verront le jour. Et, peut-être, finiront par passer à l’acte.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 12 mars 2007

Dans la série il n’est jamais trop tard pour bien faire, les autorités sanitaires reconnaissent enfin que la consommation d'herbe coupée peut nuire gravement à la santé. Alors que le Circ tire, dans le désert, la sonnette d’alarme depuis maintenant des mois (lire le dossier du Circ Nord-Est), les autorités françaises prennent enfin le problème au sérieux après avoir été «informées de deux cas de pathologies respiratoires sérieuses possiblement liées à la consommation d’herbe de cannabis coupée avec des microbilles de verre». Un communiqué de presse conjoint du ministère de la Santé, de l’InVS et de l’Afssaps (rien que ça) recommande «aux personnes ayant consommé de l’herbe de cannabis et ressentant des symptômes inhabituels (sensation de brûlure de la bouche ou de la gorge, gêne respiratoire, voire crachats de sang) de consulter rapidement leur médecin traitant». Un numéro indigo permet même désormais de répondre aux questions du public: 0 820 03 33 33

En effet, apprend-on dans ce communiqué, «interrogée par la Direction générale de la santé, la Société de pneumologie de langue française indique qu’une consommation du produit pourrait provoquer des complications respiratoires sévères à court et probablement à long terme». Précision d’autant plus intéressante lorsqu’on a en mémoire un précédent communiqué de l’OFDT en date du 21 novembre 2006 qui signalait pour sa part que : «D'après les pneumologues interrogés par le réseau SINTES, ces particules, microbilles et quartz alpha, du fait de leur forme, de leur taille, de leur adhérence et de leur nature ne devraient probablement pas entraîner de risque immédiat lors de l’inhalation.» Pas de risque immédiat peut-être, mais un changement de ton assez frappant tout de même.

Détail intéressant d’ailleurs: ni la Mildt ni l’OFDT, qui géraient jusqu’à présent ce dossier, ne figurent plus sur le communiqué de presse. Peut-être la conséquence d’un certain retard à l’allumage: toutes les mesures annoncées ici la semaine dernière ont été prises en Grande-Bretagne il y a… deux mois. Comme le nuage de Tchernobyl s’était arrêté sur le Rhin, les microbilles se seraient-elles arrêtées sur la Manche?

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 12 mars 2007

A peine atterri de vacances, je reçois un mail de Jean-Pierre Galland, président du Circ, m’informant que Ségolène Royal avait enfin daigné prendre sa plume (ou plus probablement l’ordinateur d’un de ses assistants) pour lui répondre, plus de deux mois après sa première sollicitation dont je m’étais fait l’écho ici. Vu la réponse, difficile de croire que deux mois ont été nécessaires pour accoucher de cette géniale idée. Jugez-en par vous-même :

 

«Monsieur,

«Je vous remercie de votre courrier qui a retenu toute mon attention. Je connais votre combat pour la dépénalisation et la régulation publique du cannabis.

«Personne ne peut ignorer que la conséquence directe d’une consommation prohibée mais répandue est le développement d’une société parallèle, vivant et s’organisant pour l’essentiel autour du marché du cannabis.

«Personne ne doute non plus du fait que renforcer les interdictions et, surtout, alourdir les peines ne permettra pas de diminuer l’accessibilité et la consommation de drogues.

«Il nous faut donc une action publique de prévention plus efficace pour lutter contre toutes les formes de toxicomanie, en particulier chez les jeunes. Dans cette perspective, je m’engage, si je suis élue, à ouvrir un grand débat public et transparent avec tous les acteurs concernés: associations, magistrats, parents, usagers, policiers et médecins.

«Je suis déterminée à mettre en oeuvre une véritable politique de santé publique basée sur l’information, la prévention et les soins.

«Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

Ségolène Royal»

 

Nous voilà donc passés du très courageux: «Je ne suis pas favorable à la dépénalisation de la consommation de drogues, mais en même temps je crois qu'il faut sortir de l'hypocrisie» (en décembre chez Moati); à l’ingénieux «débat», manière politique polie de repousser à plus tard les questions qui fâchent.

Mais ne soyons pas trop sévère. D’abord, c’est toujours mieux que dans l’épicerie d’en face, qui propose une autre forme de débat: «Sur la drogue, guerre totale [...]. Je ne légaliserai pas. Je la combattrai.» (Nicolas Sarkozy sur TF1, le 5 février). Et puis une candidate PS à la présidentielle qui ne «doute plus» que «renforcer les interdictions et, surtout, alourdir les peines ne permettra pas de diminuer l’accessibilité et la consommation de drogues» c’est tout de même un mieux. Reste que ce «débat» mange d’autant moins de pain qu’il n’aura probablement jamais lieu. Bref, tout cela laisse un peu sur sa faim cannabique.

Commentaire du Circ :

«La candidate à l’élection de 2007 reconnaît explicitement la banalisation de l’usage du cannabis et admet que le martèlement de l’interdit tout comme le renforcement de la répression n’auront aucune conséquence sur sa consommation dans un marché noir en pleine expansion.

«Si Ségolène Royal est élue, le CIRC ne manquera pas de lui rappeler ses engagements. Et Si le débat qu’elle promet est effectivement « transparent », parions que les arguments que nous défendons en faveur de la légalisation du cannabis, seront enfin entendus. »

Mon commentaire : c’est pas gagné…

 

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 2 mars 2007
Certains d'entre vous le savaient déjà, j'ai quitté hier Libération pour me lancer dans de nouvelles aventures. Après neuf années merveilleuses à Libé, où je laisse des amis chers, j'ai décidé de m'associer à Pierre Haski, MIchel Lévy-Provençal, Laurent Mauriac Nicole Pénicaut et Pascal Riché pour lancer Rue89.com un site d'info participative. Une aventure qui sera, je l'espère, aussi pasionnante pour nous que pour vous. Bien sûr, ce blog continue son chemin et rejoindra bientôt la Rue89. En attendant, cap sur le Mozambique. Je vous retrouve dans dix jours et en attendant, je vous laisse les clés de Drogues News. Faites en bon usage.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Jeudi 1 mars 2007
De l'art d'accomoder les restes. Un lecteur assidu de ce blog (Olivier p. pour ne pas le citer), me signale à juste titre cette légère "étourderie" dans le Monde daté d’aujourd’hui. Selon mon confrère Jean-Pierre Tuquoi, «la culture et la production de cannabis au Maroc ont connu une baisse spectaculaire en 2005, selon une étude de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Unodc, selon l'acronyme anglais) qui sera publiée début mars».
Alors que toute la presse parle du peu passionnant rapport de l’OICS (Organe international de contrôle des stupéfiants) paru hier (lire sur Drogues News), le Monde aurait des chiffres exclusifs et spectaculaires. Joli contre-pied. Seulement voilà, les chiffres cités par le quotidien du soir (40% de baisse des surfaces cultivées entre 2004 et 2005 et 62% de baisse de la production de hasch, à 1066 tonnes) sont en fait extraits d’un rapport de l’ONUDC publié il y a presque un an et simplement cité par l’OICS dans son rapport de ce matin.
A la décharge (ou à la charge...) du Monde, il n'a fait que recopier. Il semble que l’erreur soit imputable à El Pais dans un article publié mardi. Le journal espagnol confond allègrement ONUDC et OICS, deux organes de l’ONU chargés de la lutte contre les drogues illicites mais organismes distincts qui publient chacun un rapport annuel. Par erreur, le journaliste d'El Pais parle donc, le 27 février, d'un rapport à venir de l'ONUDC en lieu et place du rapport de l'OICS publié ce matin. Et de présenter les chiffres sur le Maroc vieux d'un an comme des chiffres nouveaux. Puis Le Monde a purement et simplement recopié l'information sans vérification...
Résultat, des sites marocains ( lire ici  ou ici) reprennent aujourd’hui les «nouveaux» chiffres de la production dans leur propre pays. Puisque c’est la presse de référence française qui le dit...

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mercredi 28 février 2007

Le rapport est sous embargo jusqu’à cette nuit 00h00, mais mes camarades de RTL Belgique ayant décidé de le briser, la chasse est ouverte. Voici donc un résumé des principales conclusions du rapport 2007 de l’Organe international des stupéfiants (OICS), bureau de l’ONU chargé d’évaluer l’application des conventions contre les drogues. Bien entendu, ce type de rapports est à prendre avec des pincettes, mais relève tout de même de grandes tandances.
Je vous en parlais justement la semaine dernière sur Drogues News, la tendance est confirmée par le rapport: «L'abus de médicaments légaux va dépasser les drogues illicites.» Ce qui serait déjà le cas en Amérque du Nord ou en Europe. Au hit-parade de ces médicaments détournés, le Fentanyl, opioïde de synthèse dont la prescription aurait plus que triplé depuis 2000. En France, 25% des prescriptions de Subutex (opioïde utilsé en substitution à l’héroïne) alimentent le marché noir. Enfin, nouveauté: l’abus d’anorexigènes, «actuellement utilisés sans discrimination pour nourrir l'obsession de l'amaigrissement qui touche certaines sociétés», relève le Nigérian Philip Emafo, président de l'OICS, qui s’inquiète également du développement de dizaines de milliers de cyberpharmacies qui commercialisent des produits volés, contrefaits, détournés voire périmés. "Il importe que les consommateurs prennent conscience que les médicaments achetés sur le marché non réglementé peuvent être mortels lorsque ce ne sont pas des produits authentiques ou lorsqu'ils sont consommés sans avis médical", a-t-il souligné. Preuve ultime que la chimie a de beaux jours devant elle, l’abus de drogues de synthèse serait en hausse en Amérique, en Europe et en Asie, surtout en ce qui concerne la méthampétamine.
Dernier point du rapport, l’émergence de l’Afrique comme plaque tournante des trafics d’héroïne et de cocaïne, dont la consommation explose en Europe et en Asie.
Enfin à tout seigneur tout honneur, le cannabis reste la drogue illicite la plus consommée dans le monde.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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