Jeudi 21 décembre 2006
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Bolivie, Equateur, Venezuela: avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, de plus en plus de pays latino-américains osent remettre en cause la guerre totale à la drogue que les Etats-Unis entendent leur imposer.
Mardi, le Bolivien et ancien cocalero Evo Morales (sur la photo avec Chavez et Lula a Caracas en juillet -Agencia BrasilBR), annonçait, au grand dame de l'Amérique, que la superficie des cultures autorisées de coca dans son pays passerait à 20000 hectares d'ici 2010, en faisant valoir qu'il était impossible de faire respecter une loi datant de 1988, qui la limitait à 12000 ha. Hier, c’est le Vénézuélien Hugo Chavez (ici au Brésil, photo de Marcello Casal Jr/ABr) qui s’en est pris à Washington sur le sujet, l'accusant de se servir de la politique antidrogues pour maintenir sa présence en Amérique latine. «La guerre contre le trafic de drogue est une excuse avancée depuis plusieurs années par les impérialistes pour pénétrer dans notre pays, piétiner notre peuple et justifier leur présence en Amérique latine. […] La véritable cause est bien ailleurs: la consommation de drogue, l'argent de la drogue, les banques qui blanchissent des milliards de dollars chaque année sans que personne ne bouge le petit doigt.»
Le président vénézuélien recevait son homologue équatorien, Rafael Correa, qui a annoncé la semaine dernière qu’il s’opposerait, en 2009, au renouvellement du bail de la base américaine de Manta, qui sert à des opérations antidrogues de Washington dans
la région. Rafael Correa a également rappelé son ambassadeur à Bogota, pour dénoncer la décision américano-colombienne de reprendre la fumigation des champs de coca à la frontière équatorienne. Des fumigations qui détruiraient les cultures dans son pays et poseraient de sérieux problèmes de santé publique. Chavez, qui refuse également le survol de son territoire aux avions antinarcotiques américains, est allé dans le même sens : «La Colombie doit chercher d’autres méthodes.»
La riposte de Caracas était attendue après les déclarations, la semaine dernière, de l’ambassadeur américain William Brownfield, selon lequel le trafic de drogues, via le Venezuela, s’est multiplié par dix en cinq ans, partiellement à cause de l’arrêt des relations avec
la DEA. En septembre déjà, Washington classait le Venezuela, avec la Birmanie, parmi les deux seuls pays au monde ne collaborant pas avec les Etats-Unis contre le trafic de drogues. Une condamnation basée «sur un ensemble de contre-performances, dont un manque de coopération avec les pays voisins (la Colombie, ndlr), l’essor du trafic de drogues par bateaux, la chute des saisies, le refus de juger les officiels corrompus et le statut précaire de la DEA (les stups américains, ndlr) dans le pays». A cette occasion, Washington épinglait également la Bolivie, dont la politique «zéro cocaïne, mais pas zéro coca» menée par l’ex-cocalero Evo Morales inquiète au plus haut point les stratèges américains. Quant à la Colombie, elle était félicitée par la Maison blanche, «pour son implication dans le combat contre le trafic de drogues et les réseaux terroristes qui y sont liés. Combat qui a obtenu des résultats significatifs en termes d’éradication, d’interdiction et d’extradition de suspects vers les Etats-Unis».
Rappelons, pour conclure, que la Colombie reste, de très loin, le principal producteur de cocaïne au monde, tandis que la Bolivie fait, de ce point de vue, figure de nain, et que le Venezuela et l’Equateur ne sont à ce jour pas accusés d’être des producteurs de cocaïne. Mais d’avoir des gouvernements farouchement antiaméricains, tandis que la Colombie reste le principal allié de Washington dans
la région. Qui a dit que la guerre à la drogue était un prétexte ?
(Lire également ici, à propos du Pérou)
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