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drogues

Samedi 13 janvier 2007 6 13 /01 /2007 14:04

Les aspirants présidents américains ont décidément bien des difficultés sur la question des drogues. Après Bill Clinton qui n’avait «pas avalé la fumée» du pétard sur lequel il avait avoué avoir tiré, après George Bush faisant maladroitement face à des accusations récurrentes d’alcoolisme et de consommation de cocaïne, c’est au tour de Barack Obama, 45 ans, sénateur démocrate de l’Illinois et l’un des favoris des sondages dans la course à la Maison Blanche, qui est sommé de s’expliquer sur Les rêves de mes pères, un livre écrit il y a onze ans et dans lequel il déclare notamment ceci: « Junkie. C’est ce que j’allais devenir. Le rôle ultime, fatal, des jeunes noirs en devenir… Je me défonçais pour arrêter de penser à qui j’étais. ».

Dans une interview donnée il y a deux ans et relatée la semaine dernière par le Washington Post, Obama déclarait : « Les électeurs peuvent ainsi décider si les choses stupides que j’ai faites quand j’étais adolescent ont un quelconque rapport avec ce que j’ai fait depuis. » Il précisait qu’il était « important pour des jeunes déjà dans des situations pires que la [sienne] de savoir que l’on peut faire des erreurs mais s’en sortir ».

Obama se sortira-t-il lui-même de la polémique qui ne manquera pas de naître s’il est effectivement candidat en 2008? De telles révélations auraient, il y a peu de temps encore, poussé le postulant tout droit vers la sortie. Mais peut-être l’Amérique mûrit-elle et Obama, seul sénateur américain noir, est porté par un style différent, qui se veut plus direct, plus proche des gens. Certains de ses soutiens estiment même qu’il pourrait tirer profit de l'affaire. Tout arrive…

Pendant ce temps là, à Atlanta, la police a fait un aveu bien plus dramatique mais qui marquera pourtant probablement moins les consciences. Un officier a admis qu’une perquisition qui avait abouti à la mort de la propriétaire des lieux, une femme d’environ 90 ans, avait été décidée sur la base d’un mensonge de ses collègues, rapporte le New York Times. Les officiers avaient menti en prétendant qu’un informateur avait indiqué avoir acheté 50 dollars de crack dans cette maison, a avoué au FBI Gregg Junnier, qui a déjà démissionné. Lorsque les policiers ont fracturé la porte (un classique aux Etats-Unis), la vieille dame, armée (un autre classique américain) et effrayée, leur a tiré dessus, blessant trois officiers avant d’être abattue. Aucune trace de cocaïne n’a été trouvée chez elle. Les autorités refusent de commenter.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 15 janvier 2007 1 15 /01 /2007 03:15

 

L’information n’est pas toute neuve mais elle est passée largement inaperçue jusqu’à ce que le bureau du Tzar antidrogues américain n’en fasse état sur son blog : seuls 26% des Européens seraient favorables à la légalisation du cannabis. Ce sont les résultats de l’Eurobaromètre de la Commission de Bruxelles, qui a interrogé 29000 citoyens de l’Union (cliquer sur la carte pour le détail par pays).

Des résultats qui font triompher les autorités à Washington: «L’idée, très souvent utilisée par les antiprohibitionnistes (américains, ndlr) selon laquelle les Européens sont plus ouverts et accepteraient la légalisation de la marijuana n’est tout simplement pas vraie.» Dans un sondage Gallup réalisé l’année dernière, 36% des Américains se déclaraient pour la légalisation.

On peut bien sûr, comme l’a immédiatement fait la blogosphère antiprohibitionniste américaine (lire sur Drug WarRant ou sur Stop the Drug War), rappeler que le thermomètre est incertain, que le résultat des sondages, surtout en ce domaine, dépend beaucoup de la question posée. Mais si l’on compare, en France, ce résultat aux précédents, les partisans de la légalisation oscillent toujours entre 20 et 30%. Ils étaient donc 28% en octobre dernier selon l’Eurobaromètre, 20% en novembre 2005 (Nouvel Obs/Sofres) 28% en août 2005 (Figaro Magazine/Sofres) et 30% en mai 2000 (Figaro Magazine/Ipsos). Un ensemble relativement cohérent, sauf à croire que certains aient pu loucher sur la copie du voisin.

Qu’en conclure alors ? Que la guerre à la drogue que livrent les Etats-Unis à leurs propres citoyens n’a rien à voir avec la prohibition à l’Européenne. Dans l’Union à vingt-cinq, seuls cinq pays (dont la France) considèrent encore la consommation de cannabis comme une infraction pénale. Pour les vingt autres, le passage d’une dépénalisation de facto à une légalisation de jure n’est certainement pas une priorité. Mais très certainement une limite à la signification de l’Eurobaromètre. Dans les autres pays européens, comme la France, peut-être faut-il y voir la faiblesse d'un mouvement antiprohibitionniste qui n'aura jamais su, ou pu, se faire prendre au sérieux et trouver des relais institutionnels suffisamment puissants pour peser sur le débat. Peut-être faut-il aussi y voir la frilosité d'une classe politique et médiatique qui n'a jamais envisagé ce qu'il pouvait y avoir à gagner à se singulariser sur un sujet peu porteur de retombées à court terme.

Quant à l’avenir ? Les jeunes Européens (15-24 ans) s'opposent à 57% à la légalisation… Peut-être, comme le concluent un peu rapidement les auteurs de l’enquête, faut-il finalement juste voir dans tout cela « une preuve supplémentaire que les Européens pensent qu'il y a trop de tolérance de nos jours. ». Au train où vont les choses, ce problème-là devrait être vite réglé.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mardi 16 janvier 2007 2 16 /01 /2007 11:43
C’est assurément une belle prise qu’a réalisée hier la police colombienne. A l’issue d’une fusillade de quatre heures dans une ferme d’El Dovio, à 200 km l’ouest de Bogota, elle a arrêté Eugenio Montoya, frère de «Don Diego» Montoya qui figure, aux côtés d’Oussama Ben Laden, parmi les 10 personnes les plus recherchées dans le monde par le FBI. «Don Hugo» et Diego sont en effet considérés comme les chefs du cartel de Norte del Valle (près de Cali), «la plus puissante et la plus violente» organisation de trafic de cocaïne à destination des Etats-Unis, protégée par les paramilitaires des AUC. Quatre millions d’euros étaient offerts pour la capture d’Eugenio, qui est réclamé par le tribunal de Miami.
Cela étant dit, que va changer l’arrestation d’Eugenio Montoya? Rien. Comme me le confiait il y a deux ans Gustavo de Greiff, qui était procureur général de Colombie lors de l’exécution de Pablo Escobar, le Montoya de l’époque: «Vous pourrez arrêter autant de Pablo Escobar que vous voulez, tant que le marché sera aussi lucratif, il y aura toujours quelqu’un pour prendre sa place.» Conclusion de l’ancien procureur: «La légalisation des drogues, c'est-à-dire la régulation de la production et du commerce combinée à des campagnes d'éducation antidrogues et d'assistance médicale aux toxicomanes, pourrait être une meilleure politique pour lutter contre les cartels et la corruption.»
Quelques jours après avoir tenu publiquement ce discours, en 1993, Gustavo de Greiff, héros de la lutte antidrogues, était interdit de séjour aux Etats-Unis…
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Jeudi 18 janvier 2007 4 18 /01 /2007 20:23
Dans la catégorie Guiness des records policiers, la Police aux frontières du port de Dunkerque a saisi hier 356 kilos d’héroïne, soit la deuxième plus grosse saisie française. Le record, 425 kilos à l’arrachée, date de la French connexion. Le concours reste ouvert.
L’héroïne était simplement cachée dans des sacs de sport dans un camion turc en partance pour la Grande-Bretagne. «Ironie» de l’histoire, c’est une société privée chargée de traquer les clandestins qui a mis la main sur le paquet.
Mais que les junkies britanniques se rassurent, tout cela ne devrait pas avoir un effet très significatif sur le marché local de l'héroïne…
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 19 janvier 2007 5 19 /01 /2007 12:48
«Dans les circonstances actuelles, nous recommandons une grande prudence aux fumeurs de cannabis de "type skunk".» Ce n’est pas le Circ qui le dit, mais le ministère britannique de la Santé, dans une note «urgente» adressée mardi à toutes les autorités sanitaires du Royaume. Comme dans beaucoup de pays d'Europe de l'ouest (au moins en France, en Suisse, en Belgique et aux Pays-Bas) depuis maintenant environ un an, l'herbe coupée aux microbilles de verre, au quartz ou à on ne sait quoi encore, inonde le marché noir. Rappelant que, malgré l'avalanche de témoignages concordants (ici ou ici ou encore, en anglais, ici), aucune preuve médicale tangible n'indique à ce jour la dangerosité réelle de cette herbe coupée, le département de la Santé va, par précaution, «rendre cette information directement disponible au public, au travers des réseaux d’usagers et de divers autres canaux d’information».
Une attitude qui tranche singulièrement avec celle des autorités sanitaires françaises, qui ne souhaitent toujours pas faire de publicité à ce sujet, par peur de créer une psychose, officiellement suite à des rumeurs toujours non-vérifiées concernant du verre pilé (rumeurs que j’ai moi-même prudemment relayées, selon le même principe de précaution, dans Libération).
Dans un communiqué de presse daté du 21 novembre et passé totalement inaperçu, l'OFDT (Office français des drogues et toxicomanies) reconnaît tout de même avoir analysé un échantillon contenant «une quantité importante de microbilles de verre de dimension variable allant de 0,02 à 0,3 mm de diamètre» (voir mon album photo).
L’analyse d’autres échantillons, poursuit le communiqué, «montre que ces produits contenaient, dans des proportions diverses, des microbilles de verre et du quartz alpha formant un composé proche mais différent du sable. Enfin, au mois de juillet 2006, le laboratoire de police scientifique de Lille a analysé une poudre présentée comme un produit destiné au coupage de l’herbe de cannabis. La poudre d’aspect verdâtre provenait des Pays-Bas selon la personne dépossédée. Les analyses effectuées ont permis de mettre en évidence des microbilles de verre.» Toutefois, d’après les experts médicaux contactés par l’OFDT, ces produits «ne devraient probablement pas entraîner de risque immédiat lors de l'inhalation».
Analyse confirmée par d’autres médecins interrogés cette semaine par le Guardian.
Selon le quotidien britannique, un porte-parole de la Société thoracique britannique estimerait que les microbilles de verre sont trop grosses pour passer dans les poumons. Ce que confirme le docteur Russel, de l’Imperial college de Londres, pour qui les microbilles se déposent «dans la bouche ou la gorge». «Vous avez plus de chances de vous faire du mal avec le cannabis qu’avec ces particules», conclut le médecin.
Sans être ni médecin ni britannique, on peut en douter à voir le nombre de personnes se plaignant (sur les forums européens) de malaises liés à l’herbe coupée. Qui a dit que la prohibition nuit gravement à la santé?
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /2007 02:38
Antonio Maria Costa passera-t-il l’hiver? Le directeur de l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC), déjà l’objet de critiques récurrentes depuis sa prise de fonctions en 2002, doit faire face à une fronde au sein de son équipe, au désaveu de certains pays donateurs ainsi qu’à un rapport plus que mitigé des services d’enquête interne (OIOS) de l’ONU. Rapport dont je publie ici en exclusivité une version provisoire (en anglais) qui n’a pas encore été amendée par les services de monsieur Costa. Le tout se déroule alors que le 4 janvier, comme le veut la tradition, le nouveau secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a demandé à ses adjoints de lui remettre leur démission, le laissant libre de les confirmer ou non.

Dans une lettre adressée à l’équipe le 5 janvier et que m’a fait parvenir un ex-membre de l’ONUDC, le directeur se targue pourtant de belles réussites: «Depuis cinq ans, le profil de l’agence s’est aiguisé, ses perspectives se sont améliorées et ses financements se sont considérablement accrus.» «J’ai également rappelé au Secrétaire général que l’ONUDC est devenu un pôle d’excellence pour son système de management.»

Satisfécit quelque peu contredit par le rapport des services internes de l’ONU, qui, s’ils notent des améliorations incontestables, émettent de sérieux doutes sur les finances et le management. Ainsi de la diminution de 20% des contributions volontaires au budget général (passé de 18.5 millions de dollars en 2004 à 14.9 en 2006). Et ce alors que les dépenses, liées à la masse salariale, augmentent. «Au lieu d’augmenter les activités opérationnelles, Costa a préféré augmenter la bureaucratie et recruter d’avantages de fonctionnaires chargés de tâches purement administratives. Cela a beaucoup irrité les principaux Etats donateurs qui ont refusé de financer ces postes. Le résultat est qu’il doit désormais faire face à un très grave déficit de 2 millions de dollars dans son budget annuel», confirme un membre de l’ONUDC dans un mémo interne aussi assassin qu’anonyme.

«L’ONUDC partage ces craintes et a déjà alerté sur le déclin des contributions volontaires au budget général, qui dépend pour près de 90% de ces contributions, se défend Richard Murphy, porte-parole de l’office. Mais cette situation est commune à toutes les agences de l’ONU.»

L’OIOS critique également vivement certaines décisions de la direction, comme celle de fermer le bureau des Caraïbes pour des raisons strictement budgétaires, sans aucune concertation avec les pays concernés, qui s’en sont plaints. De manière générale, «il n’y a pas de critères clairs et uniformes pour le développement de projets», notent les enquêteurs. De même, certains projets de terrain «sont retardés en raison de retards au centre (à Vienne, ndlr), affaiblissant la crédibilité de l’office.»

En ce qui concerne le management du personnel, l’OIOS note «que la transparence dans le processus de sélection n’est pas effective» (dans 22 cas en 2005-2006 le directeur aurait, sans raison, contourné la procédure officielle pour pourvoir un poste). Une critique récurrente. On peut ainsi lire dans le même mémo anonyme qu’Antonio Maria Costa «se serait entouré de courtisans assoiffés de promotion qui ne connaissent rien à la drogue et au crime. Il continue de s’appuyer sur certains membres du personnels qui ont été les pires conseillers d’Arlacchi» (son prédécesseur, remercié par Kofi Annan pour sa mauvaise gestion). Avant de conclure : «Antonio Maria Costa a totalement perdu la confiance et même le respect de la part du personnel.»

Une confiance qui, à en croire l’auteur du mémo, serait également chancelante chez les pays donateurs: «Il a perdu la confiance aussi bien des Etats conservateurs que des Etats progressistes. A cause de son comportement, les Etats-Unis, l’Union Européenne et les grandes organisations internationales sont de plus en plus suspicieuses et distantes vis-à-vis de l’UNODC.» «Le danger, poursuit l’auteur, est désormais qu’à l’occasion de l’arrivée du nouveau Secrétaire Général, Antonio Maria Costa soit contraint à la démission et remplacé sans discussion par un Américain, sans aucune contrepartie pour l’Italie.»

Alors Antonio Maria Costa sera-t-il tout de même reconduit? Probablement oui, puisqu’à l’ONU la diplomatie est reine, que le rapport de l’OIOS sera probablement adouci avant publication, que le gouvernement de Romano Prodi préfèrera, malgré son hostilité, soutenir Costa que de perdre son poste et, enfin, que les Etats-Unis n'ont pas trop à se plaindre de lui. Mais ce dernier en ressortira probablement encore plus affaibli qu’il ne l’est déjà. Et encore plus dépendant des Etats-Unis.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /2007 15:16
L’iboga va-t-il être victime de son succès? Pour la deuxième année consécutive, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) s’inquiète dans son rapport annuel, publié aujourd’hui, de l’engouement grandissant en France pour le chamanisme et les plantes enthéogènes: «Au cours de l’année écoulée, cette mouvance s’est indéniablement développée, et, de façon très rapide. En effet, une transposition/adaptation du chamanisme sud-américain dans un premier temps, puis du chamanisme africain dans un second temps, s’est établie en France. Toutes sortes de stages et de cures de désintoxications (alcool, tabac, drogues,...) sont proposés, le plus souvent, sans aucun contrôle médical, scientifique ou psychologique.» Principaux visés: l’ayahuasca (classé comme stupéfiant depuis le 20 avril 2005) et surtout l’iboga (qui n’est pas classé). La Tabernanthe Iboga est un petit arbuste qui pousse dans la forêt équatoriale, principalement au Gabon, en Guinée Equatoriale, dans les deux Congo et au Cameroun. Sa racine, psychotrope, est utilisée dans le culte Bwiti, très ancienne religion africaine. Elle a des vertus psychothérapeutiques, particulièrement pour le traitement des toxicomanes. Plusieurs recherches sont en cours dans divers pays occidentaux, dont la France. «Mais aucune expérimentation validée scientifiquement ne vient, pour l’heure, confirmer ces propos un peu trop péremptoires», tranche la Miviludes.
Les autorités s’inquiètent en fait du développement, dans la mouvance new-age, de stages de «mieux-être» menés par des «apprenti-sorciers» et dans lesquels est utilisé l’iboga, parfois hors de tout cadre traditionnel ou médical. Un décès suspect est également survenu le 18 juillet dans un centre en Ardèche. La mission dénonce enfin des cas de «coupure avec le milieu familial, abandon de ses projets initiaux, abandon, dans certains cas, de son travail et demande d’argent aux familles pour participer à d’autre stages, etc. Tous ces critères figurant au nombre de ceux généralement retenus pour qualifier les dérives sectaires.»
Une dérive que ne nient pas les associations traditionnelles qui défendent l’iboga, comme le collectif Meyaya : «Notre association n'est pas comptable des agissements d'un certain nombre de personnes qui surfent actuellement sur la mode iboga et proposent leurs services alors qu'elles ne possèdent pas les qualifications requises. […] On ne fait le "voyage d'Eboka" qu'une fois dans sa vie, s'il est réussi, il est totalement inutile de recommencer. Méfiez-vous des dérives sectaires (ou financières) toujours possibles ... Soyez prudents, on ne joue pas impunément avec des traditions chamaniques vieilles de plusieurs  millénaires.» Mais pas question pour elles, à propos d’une plante sacrée et médicinale, de parler «d’hallucinogène» ou de «stupéfiant».
Car c’est bien de cela qu’il s’agit pour la Miviludes: obtenir le classement comme stupéfiant de l’iboga, qui ne fait aujourd’hui l’objet d’aucune interdiction en France (à la différence des Etats-Unis, de la Suisse et de la Belgique). De ce point de vue, les choses pourraient très vite changer. A la suite du décès en Ardèche, l’Afssaps (l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) enquête sur l’iboga, tandis qu’un rapport parlementaire sur les sectes en date du 12 décembre dernier demandait déjà son classement. Le ministère de la Santé a enfin annoncé qu’une vaste enquête serait menée sur les «plantes hallucinogènes» (terme que rejettent leurs laudateurs, qui préfèrent parler «d’enthéogènes», «qui donnent le sentiment du divin»). Les autorités semblent en fait attendre les résultats du recours intenté par le Santo Daime français contre le classement de l’ayahuasca (enthéogène sud-américain) pour s’attaquer au cas de l’iboga.
Une chose est sûre: les ventes d’iboga sur Internet vont exploser avant que le couperet ne tombe. Soit exactement ce que voulaient éviter les défenseurs traditionnels de l’iboga… et les autorités.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 29 janvier 2007 1 29 /01 /2007 02:49

Un camouflet pour l’Amérique. Et une bonne nouvelle pour l’Afghanistan. Après l’annonce d’une hausse de 49% de la production d’opium cette année (6100 tonnes), John Walters, le monsieur drogues de Bush, allumait début décembre un contre-feu en promettant une campagne massive d’épandage d’herbicide sur les champs de pavot afghans, à l’image de ce qui se pratique (sans résultat) en Colombie depuis des années. «Je crois que le président [afghan] a dit oui et je crois que certains ministres ont répété oui», avait été jusqu’à hasarder Walters lors d’une conférence de presse (Drogues News du 17 décembre).

A croire que Monsieur Walters a des problèmes auditifs: le gouvernement afghan a décidé dimanche dernier de ne pas recourir aux herbicides. «Il n’y aura pas d’épandage manuel cette année», a confirmé mardi Said Mohammed Azam, porte-parole du ministère de la Lutte contre les stupéfiants.

Malgré des mois de pressions américaines croissantes, des membres du cabinet auraient convaincu Hamid Karzaï, pourtant installé par Washington et largement dépendant de ses subsides, du danger de telles pratiques pour les cultures vivrières, le bétail et la santé publique. En Amérique latine, de nombreux médecins font état de problèmes de santé sérieux chez les populations vivant dans les zones aspergées par le Round-Up.

Kaboul craint surtout que, contrairement à ce que prétendent les Américains, une politique d’éradication agressive ne pousse des paysans privés de toute source de revenus dans les bras des talibans. Une position partagée par de nombreux spécialistes de la géopolitique des drogues (Drogues News du 4 décembre) mais aussi par les alliés britanniques et canadiens. «Nous émettons de sérieuses réserves sur l’opportunité d’épandage de produits chimiques», a ainsi déclaré la semaine dernière Gavin Buchan, responsable canadien de la reconstruction dans la province de Kandahar.

«Nous avons toujours dit que la décision d’avoir recours à l’épandage manuel d’herbicide devait revenir au gouvernement afghan», a tenté de minimiser le porte-parole de l’ambassade des Etats-Unis à Kaboul, dans la seule réaction officielle à ce jour à ce véritable camouflet. Selon un officiel occidental anonyme interrogé par AP, le président Karzaï aurait tout de même accepté d’avoir recours aux herbicides en 2008 si la production de pavot ne baissait pas cette année.

Pendant ce temps, en Angleterre, deux éminents membres de la British medical association reprenaient à leur compte la proposition du conseil de Senlis et suugéraient de récolter le pavot afghan pour approvisionner les hôpitaux anglais qui manquent de diamorphine, un antidouleur tout ce qu’il y a de plus légal et de plus utile.

 

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 29 janvier 2007 1 29 /01 /2007 18:02
Hasard de calendrier ou opération concertée? Trois jours après la publication du rapport de la Miviludes sur les risques de dérive sectaire liés à l’usage de l’iboga (Drogues News du 24 janvier), les responsables de l’association Meyaya ont été arrêtés samedi au château de Liviers (Ardèche) et mis en examen hier pour homicide involontaire. Au mois de juillet dernier, un jeune Alsacien y était décédé lors d’un stage de désintoxication à l’iboga, une plante enthéogène originaire du Gabon.
Seul le Nganga Mallendi, guide spirituel du groupe, de nationalité gabonaise, a été écroué à la maison d’arrêt de Valence. Deux «assistants» ont également été mis en examen pour «mise en danger d’autrui».
Sauf à croire que le hasard fait bien les choses, le classement de l’iboga comme stupéfiant paraît désormais inéluctable.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mercredi 31 janvier 2007 3 31 /01 /2007 23:03
Dans la catégorie n’ayons pas peur du ridicule, le secrétaire d’Etat américain adjoint, Richard Boucher, a déclaré hier à Berlin à l’AFP, en marge d’une conférence sur la reconstruction de l’Afghanistan: «L’opium comptait pour un tiers de l'économie afghane en 2005, mais, selon nos informations, son importance décroît.» Belle preuve d'optimisme, immédiatement tempérée (car le ridicule ne tue pas mais quand même): «Cela est certes important mais ce qui compte pour le reste du monde, c'est le volume d'opium sortant d'Afghanistan, or il est à l'heure actuelle encore considérable. Nous avons encore un long chemin à parcourir.»
Résumé des épisodes précédents: en septembre, l’ONU a évalué à 6100 tonnes la production d’opium afghan, soit une augmentation de pas moins de 50%. Et Kaboul vient de refuser, malgré les pressions de son allié américain, la fumigation des champs de pavot (Drogues News du 29 janvier). Autant dire que le front afghan n'est pas précisément le bon élève de la guerre à la drogue américaine. Et que les stratèges de Washington ont dû gamberger longtemps avant de trouver un message positif à essayer de faire avaler aux médias. Car même à imaginer que la part relative de l’opium ait effectivement reculé dans l’économie globale (ce qui implique tout de même un taux de croissance afghan supérieur à celui de la Chine en 2006…), les propos du secrétaire d’Etat adjoint sont d’un optimisme qui, vu les circonstances, confine à la fumigation d’opinion publique.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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