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Jeudi 18 janvier 2007
Dans la catégorie Guiness des records policiers, la Police aux frontières du port de Dunkerque a saisi hier 356 kilos d’héroïne, soit la deuxième plus grosse saisie française. Le record, 425 kilos à l’arrachée, date de la French connexion. Le concours reste ouvert.
L’héroïne était simplement cachée dans des sacs de sport dans un camion turc en partance pour la Grande-Bretagne. «Ironie» de l’histoire, c’est une société privée chargée de traquer les clandestins qui a mis la main sur le paquet.
Mais que les junkies britanniques se rassurent, tout cela ne devrait pas avoir un effet très significatif sur le marché local de l'héroïne…
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mardi 16 janvier 2007
C’est assurément une belle prise qu’a réalisée hier la police colombienne. A l’issue d’une fusillade de quatre heures dans une ferme d’El Dovio, à 200 km l’ouest de Bogota, elle a arrêté Eugenio Montoya, frère de «Don Diego» Montoya qui figure, aux côtés d’Oussama Ben Laden, parmi les 10 personnes les plus recherchées dans le monde par le FBI. «Don Hugo» et Diego sont en effet considérés comme les chefs du cartel de Norte del Valle (près de Cali), «la plus puissante et la plus violente» organisation de trafic de cocaïne à destination des Etats-Unis, protégée par les paramilitaires des AUC. Quatre millions d’euros étaient offerts pour la capture d’Eugenio, qui est réclamé par le tribunal de Miami.
Cela étant dit, que va changer l’arrestation d’Eugenio Montoya? Rien. Comme me le confiait il y a deux ans Gustavo de Greiff, qui était procureur général de Colombie lors de l’exécution de Pablo Escobar, le Montoya de l’époque: «Vous pourrez arrêter autant de Pablo Escobar que vous voulez, tant que le marché sera aussi lucratif, il y aura toujours quelqu’un pour prendre sa place.» Conclusion de l’ancien procureur: «La légalisation des drogues, c'est-à-dire la régulation de la production et du commerce combinée à des campagnes d'éducation antidrogues et d'assistance médicale aux toxicomanes, pourrait être une meilleure politique pour lutter contre les cartels et la corruption.»
Quelques jours après avoir tenu publiquement ce discours, en 1993, Gustavo de Greiff, héros de la lutte antidrogues, était interdit de séjour aux Etats-Unis…
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 15 janvier 2007

 

L’information n’est pas toute neuve mais elle est passée largement inaperçue jusqu’à ce que le bureau du Tzar antidrogues américain n’en fasse état sur son blog : seuls 26% des Européens seraient favorables à la légalisation du cannabis. Ce sont les résultats de l’Eurobaromètre de la Commission de Bruxelles, qui a interrogé 29000 citoyens de l’Union (cliquer sur la carte pour le détail par pays).

Des résultats qui font triompher les autorités à Washington: «L’idée, très souvent utilisée par les antiprohibitionnistes (américains, ndlr) selon laquelle les Européens sont plus ouverts et accepteraient la légalisation de la marijuana n’est tout simplement pas vraie.» Dans un sondage Gallup réalisé l’année dernière, 36% des Américains se déclaraient pour la légalisation.

On peut bien sûr, comme l’a immédiatement fait la blogosphère antiprohibitionniste américaine (lire sur Drug WarRant ou sur Stop the Drug War), rappeler que le thermomètre est incertain, que le résultat des sondages, surtout en ce domaine, dépend beaucoup de la question posée. Mais si l’on compare, en France, ce résultat aux précédents, les partisans de la légalisation oscillent toujours entre 20 et 30%. Ils étaient donc 28% en octobre dernier selon l’Eurobaromètre, 20% en novembre 2005 (Nouvel Obs/Sofres) 28% en août 2005 (Figaro Magazine/Sofres) et 30% en mai 2000 (Figaro Magazine/Ipsos). Un ensemble relativement cohérent, sauf à croire que certains aient pu loucher sur la copie du voisin.

Qu’en conclure alors ? Que la guerre à la drogue que livrent les Etats-Unis à leurs propres citoyens n’a rien à voir avec la prohibition à l’Européenne. Dans l’Union à vingt-cinq, seuls cinq pays (dont la France) considèrent encore la consommation de cannabis comme une infraction pénale. Pour les vingt autres, le passage d’une dépénalisation de facto à une légalisation de jure n’est certainement pas une priorité. Mais très certainement une limite à la signification de l’Eurobaromètre. Dans les autres pays européens, comme la France, peut-être faut-il y voir la faiblesse d'un mouvement antiprohibitionniste qui n'aura jamais su, ou pu, se faire prendre au sérieux et trouver des relais institutionnels suffisamment puissants pour peser sur le débat. Peut-être faut-il aussi y voir la frilosité d'une classe politique et médiatique qui n'a jamais envisagé ce qu'il pouvait y avoir à gagner à se singulariser sur un sujet peu porteur de retombées à court terme.

Quant à l’avenir ? Les jeunes Européens (15-24 ans) s'opposent à 57% à la légalisation… Peut-être, comme le concluent un peu rapidement les auteurs de l’enquête, faut-il finalement juste voir dans tout cela « une preuve supplémentaire que les Européens pensent qu'il y a trop de tolérance de nos jours. ». Au train où vont les choses, ce problème-là devrait être vite réglé.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Samedi 13 janvier 2007

Les aspirants présidents américains ont décidément bien des difficultés sur la question des drogues. Après Bill Clinton qui n’avait «pas avalé la fumée» du pétard sur lequel il avait avoué avoir tiré, après George Bush faisant maladroitement face à des accusations récurrentes d’alcoolisme et de consommation de cocaïne, c’est au tour de Barack Obama, 45 ans, sénateur démocrate de l’Illinois et l’un des favoris des sondages dans la course à la Maison Blanche, qui est sommé de s’expliquer sur Les rêves de mes pères, un livre écrit il y a onze ans et dans lequel il déclare notamment ceci: « Junkie. C’est ce que j’allais devenir. Le rôle ultime, fatal, des jeunes noirs en devenir… Je me défonçais pour arrêter de penser à qui j’étais. ».

Dans une interview donnée il y a deux ans et relatée la semaine dernière par le Washington Post, Obama déclarait : « Les électeurs peuvent ainsi décider si les choses stupides que j’ai faites quand j’étais adolescent ont un quelconque rapport avec ce que j’ai fait depuis. » Il précisait qu’il était « important pour des jeunes déjà dans des situations pires que la [sienne] de savoir que l’on peut faire des erreurs mais s’en sortir ».

Obama se sortira-t-il lui-même de la polémique qui ne manquera pas de naître s’il est effectivement candidat en 2008? De telles révélations auraient, il y a peu de temps encore, poussé le postulant tout droit vers la sortie. Mais peut-être l’Amérique mûrit-elle et Obama, seul sénateur américain noir, est porté par un style différent, qui se veut plus direct, plus proche des gens. Certains de ses soutiens estiment même qu’il pourrait tirer profit de l'affaire. Tout arrive…

Pendant ce temps là, à Atlanta, la police a fait un aveu bien plus dramatique mais qui marquera pourtant probablement moins les consciences. Un officier a admis qu’une perquisition qui avait abouti à la mort de la propriétaire des lieux, une femme d’environ 90 ans, avait été décidée sur la base d’un mensonge de ses collègues, rapporte le New York Times. Les officiers avaient menti en prétendant qu’un informateur avait indiqué avoir acheté 50 dollars de crack dans cette maison, a avoué au FBI Gregg Junnier, qui a déjà démissionné. Lorsque les policiers ont fracturé la porte (un classique aux Etats-Unis), la vieille dame, armée (un autre classique américain) et effrayée, leur a tiré dessus, blessant trois officiers avant d’être abattue. Aucune trace de cocaïne n’a été trouvée chez elle. Les autorités refusent de commenter.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 12 janvier 2007

«Le patriarche», Lucien Engelmajer, fondateur d’une association d’aide au sevrage des toxicomanes, a été condamné mardi à cinq ans de prison et 375000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Toulouse pour travail dissimulé et abus de biens sociaux.

Jean-Paul Séguela, ex-conseiller de Pasqua pour les affaires de toxicomanie, qui aurait profité des largesses du Patriarche, a été condamné à trois ans de prison dont un avec sursis et 50 000 euros d’amende. Un seul des quinze autres prévenus a été relaxé.

Reste un responsable de premier plan qui s’en sort bien: l’Etat. Car, comme l’a rappelé le procureur, si le Patriarche s’est révélé être «une secte qui a exploité sans vergogne» ses pensionnaires «pour construire un empire colossal», les autorités publiques le savaient depuis longtemps mais n’ont rien dit… tant que le Patriarche prenait en charge une population qu’elles n’étaient pas prêtes à assumer. Et pour une somme modique.

Quoi qu’il en soit, sa condamnation ne devrait pas trop perturber Lucien Engelmajer, en fuite au Belize et encore poursuivi en France pour viols.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 12 janvier 2007

Pour les candidates ce sera non, vous disais-je. Dans une lettre ouverte publiée sur son site mercredi et intitulée Le monde a changé, la France a bougé, alors la politique doit changer, le Circ offre à Ségolène Royal l’occasion de prouver le contraire.

« Madame. Un peu partout, on lit et l'on entend que vous incarnez le changem ent », démarre la lettre rédigée par Jean-Pierre Galland, avant de rappeler la position défendue dans le projet socialiste: «En ce qui concerne le cannabis, face aux risques liés à une consommation largement répandue, nous ouvrirons un débat pour proposer une régulation publique, et une révision de la loi de 1970».

Une position par rapport à laquelle Segolène Royal s’est trouvée plus qu’en retrait le mois dernier chez Serge Moati: «Je ne suis pas favorable à la dépénalisation de la consommation de drogues, mais en même temps je crois qu'il faut sortir de l'hypocrisie, et ce dont les jeunes souffrent c'est de polytoxicomanie, c'est-à-dire le mélange drogue, alcool, qui est quand même une drogue légale, et quand on voit aujourd'hui l'alcoolisme chez les jeunes, il est souvent aussi grave que la consommation de drogues dites douces. Et donc je crois que la question est globale, c'est une question éducative de lutte contre toutes les formes de toxicomanie, et aussi une interrogation sur les raisons pour lesquelles les jeunes transgressent.» Un subtile bottage en touche donc. Stratégie adoptée la même semaine de décembre par Dominique Voynet et Arlette Laguiller. Reste Marie-George Buffet, pour qui il devient franchement humiliant que personne n’ait encore jugé opportun de lui poser la question.

Or, rappelle le Circ, «toutes les enquêtes le démontrent : la répression n'influe pas sur l'usage». Et en France, «la répression n'est pas un mythe et le nombre annuel d'interpellations pour usage de stupéfiants n'a cessé d'augmenter. En 2005, tous les records ont été battus avec 146 424 interpellations, une politique qui coûte cher à l'Etat et mobilise de nombreux policiers dopés au rendement, une politique qui ne sert strictement à rien, si ce n'est attiser l'incendie qu'elle est censée éteindre». Rappelons à toutes fins utiles, que la France est l’un des pays européens les plus répressifs en la matière: dans l'Union à 25, seuls Chypre, la Grèce, la Finlande et la Suède font aujourd'hui de la consommation de cannabis une infraction pénale. Ce qui n’empêche pas notre jeunesse d’être l’une des plus grosses consommatrices de cannabis en Europe. Loin devant les Pays-Bas

«D'autres femmes en d'autres temps, Simone Veil en se battant pour officialiser la réduction des risques ou Michèle Barzach en libéralisant la vente des seringues, ont osé s'attaquer au tabou de la "drogue" et à imposer des mesures réalistes qui ne sont plus contestées aujourd'hui, conclue la lettre. À votre tour d'impulser une politique novatrice dont l'axe ne soit pas la répression, mais la prévention et la " régulation publique… d'une consommation aujourd'hui largement répandue».

La «régulation publique du cannabis» trouvera-t-elle sa place dans l’«Ordre juste»? C’est d’autant moins probable que les partisans de la dépénalisation restent minoritaires dans l’opinion.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Jeudi 11 janvier 2007

 

Pour les fans, ou pour tous ceux (et ils doivent être nombreux) qui n'auraient eu ni le temps ni l'envie d'acheter le best-seller Halte au cannabis, je ne résiste pas au plaisir malsain de signaler deux morceaux de choix: l'inénarrable professeur Costentin en version vidéo (cliquer sur le lien ou écouter les extraits dans le player ci-dessus) ou audio (la tête au carré, sur France Inter). Si vous avez raté les précédents épisodes, Jean Costentin dirige une unité de neuropsychopharmacologie au CNRS et, à ses heures perdues, joue le nouvel imprécateur français anticannabis. Vous trouverez donc au programme de ses deux interventions, le déjà culte "tsunami de THC dans le cerveau", l'incontournable appétence pour l'alcool née du cannabis, les "150000 héroïnomanes qui sont tous passés par le cannabis", l'impayable "cannabis qui tue autant que l'alcool" au volant, pour conclure sur l'anthologique: "Si tous ceux qui fument du cannabis ne sombreront pas dans l'heroïnomanie, c'est surtout parce que leur chemin n'aura pas croisé celle-ci."
Bref, à ne surtout par rater pour tous les amateurs de science-fiction. Pour les amateurs de science tout court, nous recommanderons plus sobrement pour en savoir plus sur les dangers du cannabis le
rapport du Sénat canadien, le rapport Rocques ou encore le rapport de l'Inserm. Evidemment, c'est moins marrant.

 

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Dimanche 7 janvier 2007


Nos voisins helvétiques sont décidément des citoyens modèles. Tout à leur souci de faire évoluer la science, ils sont des centaines à avoir convergé fin décembre vers l’université de Zürich pour servir de cobayes à une expérience inhabituelle: prendre de la MDMA (principale composante de l’ecstasy) sous contrôle médical pendant un an. Le tout pour la modique somme de 370 euros. «Nous avons reçu beaucoup plus d'offres que d'habitude comme sujet d'expérience», a confié le week-end dernier au Matin Boris Quednow, responsable de l’expérience.
Agréée par l’Office fédéral de la santé publique et la commission d’éthique du canton, et ce malgré l'interdiction de la MDMA depuis 1985, l’opération a pour but d’étudier l’effet de l’ecstasy sur le cerveau. Quarante candidats ont été retenus, mais seuls la moitié d’entre eux recevront, jusqu’au printemps 2008, de la MDMA. Les finalistes malchanceux devront se contenter d’un placebo (lire l’article de la
Tribune de Genève).
Des expériences menées dans les années 90 sur des patients sélectionnés par des psychiatres avaient abouti à un résultat assez surprenant: neuf sur dix avaient estimé que leur état s'était amélioré et qu'ils avaient repris confiance en eux. A l’inverse, une étude néerlandaise publiée fin novembre par le Dr Maartje de Win (dont j’ai déjà parlé
ici) concluait à des lésions neuronales. Bref, malgré l’activisme politique déployé pour démontrer ses dangers (lire le passionnant article de la revue Swaps publié à ce sujet en juin 2000), la question est loin d’être tranchée et il n’existe aucune preuve clinique ou biologique irréfutable d’une réelle dangerosité de l’ecstasy consommée sans abus.
Une chose est sûre quoi qu'il en soit: en cas de troubles consécutifs à l’expérience menée à Zürich, il n’y aura pas de versement de dommages et intérêts. Les patients ont dû s’y engager par écrit.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 5 janvier 2007
Depuis quelques années, on peut, en France, se procurer des graines de cannabis dans des magasins ayant pignon sur rue. Un commerce florissant qui n’est, on s’en doute, pas du goût des autorités. Mais ces graines sont-elles réellement interdites par la loi? Ou est-il seulement interdit de les faire pousser?
De prime abord, le bon sens voudrait que la graine à l’origine d’une plante interdite le soit également. C’est ce même argument de bon sens qu’a retenu mercredi le tribunal de Lorient pour condamner quatre membres du growshop (1) guingampais Jardin de Poche à des peines allant de quatre à huit mois de prison avec sursis pour trafic de stupéfiants, en l’occurrence des graines de cannabis. Seulement voilà, le bon sens et le droit ne font pas toujours bon ménage.
D’abord parce que les graines de cannabis ne figurent pas au tableau des stupéfiants. Ne contenant pas de THC, principale substance active, elles ne sauraient en effet en aucun cas être considérées comme des stupéfiants.
Certes, répondent les autorités, mais les variétés de graines de chanvre autorisées pour l’agriculture sont de toutes façons limitativement énumérées par un règlement et ne concernent que des variétés non-psychotrope. Enfin, leur importation est soumise à autorisation de l’Office national interprofessionnel du chanvre (Onic).
Certes, répondent à leur tour les propriétaires de growshops, mais ces graines ne sont pas destinées à germer (ce qui est explicitement rappelé sur les paquets) et ne sont donc pas concernées par ce règlement. En effet, elles sont officiellement vendues comme complément alimentaire pour oiseaux, très friands de graine de chanvre. «Comme nos graines ne sont dans aucune des cases, ni dans les stupéfiants, ni dans les graines à planter, elles sont parfaitement légales», se défend Arnaud Débouté, l’un des condamnés (lire son argumentaire en commentaire ci-dessous). Une interprétation que contestait sur son site, il y a deux ans, le professeur de droit Yann Bisiou, co-auteur du Droit de la Drogue et l’un des meilleurs spécialistes français de la question.
Mais à la décharge des growshops, vérification faite auprès de l’Onic, aucune animalerie française n’a jamais demandé d’autorisation d’importation de graines à oiseaux. Pourtant, chaque dimanche matin, en face du Palais de justice de Paris, ces graines à oiseaux sont vendues au kilo en toute impunité. Ces marchands devraient-ils, comme les salariés du Jardin de Poche, être condamnés pour fraude à l’importation d’alimentation animale?
Le tribunal en a décidé autrement, assortissant sa condamnation pour trafic de stupéfiants d’une autre pour incitation à l’usage. Une incrimination qui présente l’avantage d’être suffisamment floue pour être difficile à contester en appel.

(1) Magasin dédié à la culture de cannabis. Il en existe plus de 200 en France.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Jeudi 4 janvier 2007
Neuf mille morts. Ce serait, à en croire une commission parlementaire citée hier par le quotidien El Universal, le bilan de cinq ans d’affrontements pour le contrôle du narcotrafic au Mexique. Policiers, trafiquants, magistrats... le nombre des victimes serait passé de 1080 en 2001 au double en 2006. Si ces chiffres sont, là encore, dans un pays marqué par la violence, à prendre avec précaution, l’évolution, elle, semble se confirmer. Et elle est d’autant plus frappante, comme le souligne lemonde.fr, qu’au même moment, la Colombie connaît une baisse des crimes violents (tout de même 17000 recensés en 2006). Entretien avec Laurent Laniel, sociologue, animateur du site Drugstrat et grand spécialiste de la géopolitique des drogues.

Comment expliquer cette hausse de la violence au Mexique?
Il faut d’abord noter que le pays est marqué par une forte tradition de violences et que le trafic de drogues peut n’être qu’un prétexte. Quand on retrouve un homme abattu les mains attachées, on dit qu’il s’agit d'un règlement de comptes entre narcos. Personne ne pose de questions. De manière plus générale, la violence est une des conséquences de la rupture des liens traditionnels entre le pouvoir central et les trafiquants.
Quelle était la nature de ces liens?
Historiquement, les trafiquants ont été soumis à la police, elle-même soumise aux politiciens. Le Mexique est l’un des premiers pays du narcotrafic. Avant même le XXe siècle, on y produisait et y consommait opium et marijuana, exportés en toute légalité vers les Etats-Unis. Après l’adoption des premières lois fédérales antidrogues aux Etats-Unis en 1914, ce commerce se poursuit, mais illégalement, ce qui accroît sa rentabilité.
Tellement que, dans le Nord, des politiciens s'y investissent. Petit à petit, le PRI, le parti unique, a été impliqué. Des gens puissants ont protégé, voire «racketté», les trafiquants, se servant de la police comme intermédiaire. L'ancien maire de Mexico, Carlos Hank Gonzalez, a même été accusé par les Américains de diriger le trafic. A la même époque, le Cartel du Golfe a pris de l’ampleur sous la présidence de Salinas (1988-1994), soupçonné d’être un proche de son leader, Juan Garcia Abrego. Au moins jusqu’en 2000, la puissance des cartels dépendait de leurs liens avec le pouvoir. C’est moins clair maintenant: le trafic, comme la politique, s'est démocratisé, mais la concurrence entre les acteurs est très violente.
Le cas du Mexique intéresse moins la communauté internationale que la Colombie...
Parce qu’en Colombie, les narcos sont des entrepreneurs privés qui se sont érigé en groupes paramilitaires, menaçant l'Etat et la classe dominante traditionnelle. Ce phénomène a attiré l’attention de la police et des médias américains. C’est aussi l’époque où le trafic international de drogues commence à être perçu au Nord comme une menace réelle. Dans les années 80, la Colombie popularise l’image du dangereux trafiquant qui s’en prend à l’Etat.
Les auteurs du rapport parlementaire font de la hausse de la consommation au Mexique même une des raisons de la hausse de la violence.
Le pays a un pied au Nord et un autre au Sud. Une classe moyenne en quête de sensations y côtoie la population des bidonvilles, où le désespoir sert de terreau à la toxicomanie. La consommation de stupéfiants augmente, ainsi que le nombre de  dealers «détaillants». On disait jusqu’il y a peu que l’héroïne et la cocaïne étaient uniquement destinées à l’exportation. Mais depuis les années 90, le pays est devenu un énorme consommateur. Le phénomène est désormais visible et pose des problèmes «d'insécurité de proximité», comme dans la plupart des pays latino-américains, notamment l’Argentine et le Brésil.
Mexico semble aujourd’hui s’impliquer plus fortement contre le narcotrafic.
Les choses ont certes changé depuis que le PRI a perdu le pouvoir, en 2000. Les trafiquants se sont autonomisés. L’armée a été impliquée dans la lutte pour suppléer une police totalement corrompue et en laquelle le nouveau gouvernement n’avait aucune confiance. Mais même à imaginer que l'actuel président ait la volonté de lutter contre le trafic, il y a un pas, au Mexique, entre les faits et la volonté politique. Comment pourrait-il lutter? La police reste corrompue et l’armée le devient. Aucune réforme de fond concernant la lutte antidrogues n’est envisagée alors qu’on atteint les limites du modèle «tout répressif», qui accroît la violence et la corruption au lieu de les faire diminuer.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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