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Mercredi 3 janvier 2007 3 03 01 2007 11:43
Bien sûr, ces chiffres, tout officiels qu’ils soient (1), sont à prendre avec des pincettes. Mais à travers leur imprécision se dessine le profil de la prohibition à la française. Le cannabis serait, de fait, dépénalisé? Soit, mais plus de 90000 usagers simples sont arrêtés chaque année. Les usagers ne sont jamais amenés devant un tribunal? En 2005, 32000 personnes au total ont été condamnées pour infraction à la législation sur les stupéfiants,soit 10000 de plus que le total des revendeurs arrêtés la même année... La police cible en priorité les dealers? Ils sont cinq fois moins nombreux à être arrêtés que les usagers. Et encore, sur un total de près de 20000 interpellés, plus de la moitié (11200) sont des usagers-revendeurs.
Ce sont ces chiffres que se propose de vous rappeler, tout au long de cette année, mon compteur de la prohibition en France (ci-contre), librement inspiré de celui créé par le site antiprohibitionniste américain Drugsense (également visible, et commenté, ici). Jour après jour, seconde après seconde, il propose une extrapolation des arrestations, des saisies et des sommes dépensées pour lutter contre la toxicomanie en France depuis le début de cette année. Une piqûre de rappel quotidienne pour tous ceux qui croiraient, à tort, que la France a désarmé dans la guerre à la drogue.

(1) Ils sont basés sur le rapport 2006 de l’Octris, les chiffres clés du ministère de la Justice et, pour le budget de la lutte contre les toxicomanies, sur une étude réalisée en 1998 et reprise par la cour des comptes (en l’absence de budget unifié global de la lutte contre la toxicomanie, ils sont les plus récents existant).
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Samedi 30 décembre 2006 6 30 12 2006 16:21

Et s’il fallait se résumer. Savoir ce qui a changé, ou pas, cette année. 2006 fut-elle, en France, une année stupéfiante?

L’événement le plus marquant n’a, étonnamment, pas inspiré un seul de mes collègues. Pas une ligne dans les journaux, pas une image à la télé. Il s’agit pourtant de l’une des principales révisions de la loi de 1970 votée par le Parlement, à l’initiative du ministre-candidat Sarkozy et du charismatique ministre de la Justice Pascal Clément. Noyée au milieu de la controversée loi sur la délinquance, la philosophie de cette révision «clandestine» est simple: frapper un tout petit peu moins fort pour frapper beaucoup plus souvent. Concrètement, la consommation reste un délit (passible d’un an de prison) mais les simples usagers devraient surtout se voir dirigés vers des structures médicales ou de «sensibilisation aux dangers de la drogue…». Reste à savoir ce qu’il adviendra du projet si Segolène Royal l’emportait à la présidentielle.

Le second événement de l’année est passé un tout petit peu moins inaperçu. Il s’agit des trente ans de l’appel du 18 joint. L’occasion, trente ans après, d’un bilan d’étape… en forme de gueule de bois. Non seulement la consommation de cannabis reste un délit, mais la plupart des signataires de l’époque refusent de s’engager à nouveau. Maigre consolation pour moi, dans Libé (où l’appel fût publié en son temps) mon ami Antoine de Gaudemar signe pour l’occasion un très bel édito.

A propos des consommateurs de cannabis toujours, après des années de hasch coupé au henné ou à la paraffine, l’année a été marquée par la diffusion à grande échelle d’herbe coupée aux microbilles de verre, à la farine ou encore au sable (photo Circ Nord-Est). Le petit commerce n’es plus ce qu’il était.

Dernière tendance de fond, la révélation au grand public de l’ampleur de la consommation de cocaïne en France, en hausse régulière de puis des années. Dans les quartiers, certains réseaux de revendeurs de hasch se mettent à la poudre, devenue plus indispensable que les Ferrero pour toute soirée de jeunes cadres dynamiques.

Pour 2007 ? Après Baffie et Karl Zéro, le président de la République Sarkozy invite tous les fumeurs de France à l’Elysée… Qui sait ?

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Jeudi 28 décembre 2006 4 28 12 2006 15:05
La Chine serait-elle en train de gagner sa quatrième guerre de l’opium? C’est en tout cas ce que clament haut et fort les autorités depuis un mois, faisant preuve d’un optimisme qui laisse pour le moins sceptique. Mardi, le directeur adjoint du Bureau antinarcotiques du ministère de la Sécurité publique, Liu Yuejin, a ainsi affirmé en présentant le bilan de la répression en 2006: «Nous avons obtenu un grand succès dans la lutte contre les crimes liés à la drogue cette année (…). Grâce à des mesures de répression, le trafic d’héroïne a été maîtrisé et le prix de l’héroïne a connu une hausse brutale en Chine» (fréquentant personnellement peu d’héroïnomanes chinois, je ne suis pas en mesure de confirmer cette information).
Le mois dernier déjà, le nombre de toxicomanes avait été officiellement revu à la baisse: de 785000 fin 2005 à 720400 (l’ONU en recensait de son côté 1,6 million en 2004, ce qui laisse augurer de la précision de ces statistiques!). Des résultats immédiatement attribués au succès de la politique de soins obligatoires et de lutte accrue contre le trafic (notamment contre les précurseurs chimiques) adoptée en novembre 2005.
Mais aussi à un certain changement de philosophie de Pékin, récemment converti à la réduction des risques. Le gouvernement ouvert, depuis 2005, 300 cliniques méthadone et annoncé la création d’autant de centres d’échanges de seringues. Deux domaines dans lesquels la Chine se montre donc aujourd’hui plus progressiste que les Etats-Unis... qui ne sont pas une référence en la matière.
Voilà pour le côté Ying. Côte Yang, la Chine fait face à une explosion extrêmement inquiétante du sida: +30% de séropositifs cette année, dont près de la moitié seraient toxicomanes. De quoi sérieusement relativiser le satisfecit officiel en matière de prise en charge de cette population que beaucoup d'observateurs ont du mal à estimer déclinante.
De plus, comme d’autres pays d’Asie, la Chine connaît un problème croissant avec les méthamphétamines, dont elle est un des principaux producteurs avec le Myanmar voisin. La «guerre populaire à la drogue» lancée l’année dernière avait ainsi révélé l’ampleur de la consommation de cette drogue -mais aussi d’ecstasy et de kétamine (1)- chez les actifs urbains.
Dernier point noir au tableau: la brutalité avec laquelle Pékin mène son combat contre le narcotrafic. Chaque année, les autorités «fêtent» la journée mondiale contre la drogue des Nations unies (26 juin) par des exécutions de trafiquants à travers tout le pays (27 en 2006).
Le géographe
Pierre-Arnaud Chouvy me rappelait récemment que la seule éradication du pavot à marche forcée réussie dans l’histoire était celle qu’avait menée Mao dans les années 50. Mais à quel prix?
 
(1) Le directeur Liu rapportait l’année dernière au
China Daily que les 500 invités d’un mariage chic de Shangaï s’étaient vus offrir de la Kétamine.



Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mardi 26 décembre 2006 2 26 12 2006 15:09

 

«Comment fumer en toute sécurité». Tel aurait pu être le titre de cette vidéo dont le but est d’apprendre à déjouer la vigilance policière lorsque l’on est en possession de drogues. Tout cela pourrait n’être qu’une lubie adolescente tout droit sortie d’une soirée trop enfumée si son auteur n’était autre qu'un... ex-agent des stupéfiants du Texas. Et pas n’importe lequel. Selon son ancien supérieur hiérarchique, Barry Cooper «était probablement le meilleur agent des stupéfiants de tout l’Etat, voire de tout le pays».
Le DVD Never get busted again («Ne te fais plus jamais arrêter») sort aujourd’hui (extrait ci-dessus) avec la mise en ligne d’un site web. On y apprend, pour 25 dollars, comment réussir une cachette parfaite, éviter d’attirer l’attention de la police ou encore tromper les chiens.
Partisan de la légalisation de la marijuana (mais pas des autres drogues ilicites), Barry Cooper justifie sa démarche par les dégâts liés à la guerre à la drogue américaine, qui détruit des familles et remplit les prisons de condamnés non-violents : «Ma principale motivation est d’apprendre aux Américains à faire respecter leurs libertés civiques. C’est l’injustice de notre système qui me pousse. J’apprends juste aux gens comment ne pas détruire leur vie en étant enfermé dans une cage», a-t-il déclaré mercredi dernier au Tyler Morning Telegraph. «Je sais que ça ne sera pas accepté par mes pairs, ici au Texas, mais dans d’autres endroits du pays, je serais félicité. Quand je perquisitionnais des maisons et détruisais des familles, ma conscience me disait que j’avais tort, mais mon appétit de pouvoir, de gloire et de reconnaissance professionnelle l’emportait sur ma bonne conscience.» Avant de conclure: «Les milliards de dollars que nous dépensons pour la guerre à la drogue devraient l’être pour protéger nos enfants. Ils sont molestés tous les jours alors que tout le monde sait que nous avons déjà perdu cette guerre.» Autant d'arguments régulièrement mis en avant par les membres de l’association américaine Leap (Law enforcement against prohibition), qui regroupe d’anciens policiers, magistrats, directeurs de prison luttant contre la guerre à la drogue.
Mais bien sûr, tous ses anciens collègues ne voient pas tout cela d’un bon oeil. «Je suis choqué, comme tous les officiers qui ont fait le serment de défendre les lois de cet Etat et de cette nation, a déclaré Richard Sanders, responsable de la DEA (les stups américains) à Tyler (Texas), où réside Cooper. Il est clair que toute cette affaire a pour unique but de se faire de l’argent.» Et ce dernier de menacer d’une enquête sur la légalité de cette entreprise.
«Je mets quiconque n’est pas d’accord avec moi au défi de venir débattre en public pour entendre ce que j’ai à dire et je parie que certains changeront alors d’avis, s’est enfin défendu Cooper. Mais je suis sûr que d’autres me verront comme le diable.»

Regarder l'interview de Barry Cooper sur MSNBC.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 25 décembre 2006 1 25 12 2006 15:20
Mieux que le double-fond de camion, les boulettes avalées par une mule ou le go-fast : le macchabée. La police tanzanienne a annoncé dimanche avoir, grâce à un indicateur, retrouvé 57 sachets de cocaïne dissimulés dans l’estomac d’un cadavre. Les sept personnes arrêtées dans cette affaire affirment que le mort est un proche décédé en Zambie qu’ils ramenaient dans son pays d’origine pour l’enterrer. Le corps a été saisi pour autopsie.
Dans un registre quelque peu similaire, un douanier français me rapportait récemment que le corps d’un passeur avait été retrouvé éventré dans la rue en Espagne. L’homme était probablement décédé d’overdose suite à l’éclatement d’une des boulettes de cocaïne qu’il avait ingérées et, un euro étant un euro, ses commanditaires lui avaient ouvert le ventre pour récupérer la précieuse marchandise…
Il n’y a pas de petits profits.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Samedi 23 décembre 2006 6 23 12 2006 15:50

Le président péruvien a distillé cette semaine à la presse étrangère ses conseils culinaires: de la coca en salade. Il faut dire que le pays en cultive chaque année légalement 10000 ha (et quelques dizaines d'autres milliers pour la production clandestine de cocaïne). «J’insiste sur le fait qu’elle peut être consommée directement et élégamment, en salade. Elle a une grande valeur nutritionnelle», a déclaré lundi Alan Garcia, qui a ajouté que le plus célèbre chef péruvien, Gaston Acurio, avait servi un délicieux repas à la coca à la présidence, dont une liqueur de coca. L’absorption de cette feuille ne peut-elle être dangereuse? «Absolument pas», a-t-il tranché.

Une recette qui ne doit pas être du goût de Washington, dont un porte-parole de l’ambassade a refusé de commenter. Sa politique d’éradication de la coca par la force en Amérique latine est en effet de plus en plus ouvertement contestée. La semaine dernière encore (lire ci-dessous), l’Equatorien Correa, le Bolivien Morales et le Vénézuélien Chavez avaient mis en cause la manière dont les Etats-Unis mènent leur guerre à la drogue. Un cap que ne franchit pas Alan Garcia, qui a assuré Washington de la poursuite de la politique d’éradication des cultures clandestines. Même si celle-ci provoque de graves troubles sociaux dans les régions de production.

Alors à quoi bon mener, dans les pays du Sud, une guerre destructrice à une plante médicinale traditionnelle parce que les pays du Nord en abusent sous forme chimique? Peut-être parce que les Etats-Unis devaient signer cette semaine le renouvellement de la baisse des taxes douanières… accordée aux pays andins pour prix de leur lutte contre la coca.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Samedi 23 décembre 2006 6 23 12 2006 12:33

Le bang pourrait être un cadeau prisé pour Noël en Australie... avant son interdiction. Le secrétaire fédéral à la Santé, Christopher Pyne, a en effet annoncé le week-end dernier (lire l’article de l’Herald sun) que le gouvernement envisageait d’interdire la commercialisation de ces pipes qui permettent de filtrer la fumée à travers de l’eau et dont sont particulièrement friands les cannabinophiles australiens. Un accessoire aujourd’hui vendu non seulement dans les boutiques spécialisées (headshops) mais aussi dans les tabacs et jusque dans certaines stations services.

 
Une décision qui intervient suite à la publication d’un rapport du Conseil australien des maladies mentales suggérant que le cannabis pourrait provoquer de telles maladies ou aggraver des troubles psychiques existant. Rapport auquel la presse locale a donné un large écho.

Au début de l’année, le gouvernement de la province de Victoria avait finalement renoncé à interdire les bangs, car de trop nombreux groupes ethniques les utilisent pour fumer du tabac ou d’autres substances légales. Un obstacle de taille qu’a admis le secrétaire fédéral à la Santé.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Jeudi 21 décembre 2006 4 21 12 2006 14:45

Bolivie, Equateur, Venezuela: avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, de plus en plus de pays latino-américains osent remettre en cause la guerre totale à la drogue que les Etats-Unis entendent leur imposer.

Mardi, le Bolivien et ancien cocalero Evo Morales (sur la photo avec Chavez et Lula a Caracas en juillet -Agencia BrasilBR), annonçait, au grand dame de l'Amérique, que la superficie des cultures autorisées de coca dans son pays passerait à 20000 hectares d'ici 2010, en faisant valoir qu'il était impossible de faire respecter une loi datant de 1988, qui la limitait à 12000 ha. Hier, c’est le Vénézuélien Hugo Chavez (ici au Brésil, photo de Marcello Casal Jr/ABr) qui s’en est pris à Washington sur le sujet, l'accusant de se servir de la politique antidrogues pour maintenir sa présence en Amérique latine. «La guerre contre le trafic de drogue est une excuse avancée depuis plusieurs années par les impérialistes pour pénétrer dans notre pays, piétiner notre peuple et justifier leur présence en Amérique latine. […] La véritable cause est bien ailleurs: la consommation de drogue, l'argent de la drogue, les banques qui blanchissent des milliards de dollars chaque année sans que personne ne bouge le petit doigt.»
Le président vénézuélien recevait son homologue équatorien, Rafael Correa, qui a annoncé la semaine dernière qu’il s’opposerait, en 2009, au renouvellement du bail de la base américaine de Manta, qui sert à des opérations antidrogues de Washington dans la région. Rafael Correa a également rappelé son ambassadeur à Bogota, pour dénoncer la décision américano-colombienne de reprendre la fumigation des champs de coca à la frontière équatorienne. Des fumigations qui détruiraient les cultures dans son pays et poseraient de sérieux problèmes de santé publique. Chavez, qui refuse également le survol de son territoire aux avions antinarcotiques américains, est allé dans le même sens : «La Colombie doit chercher d’autres méthodes.»

La riposte de Caracas était attendue après les déclarations, la semaine dernière, de l’ambassadeur américain William Brownfield, selon lequel le trafic de drogues, via le Venezuela, s’est multiplié par dix en cinq ans, partiellement à cause de l’arrêt des relations avec la DEA. En septembre déjà, Washington classait le Venezuela, avec la Birmanie, parmi les deux seuls pays au monde ne collaborant pas avec les Etats-Unis contre le trafic de drogues. Une condamnation basée «sur un ensemble de contre-performances, dont un manque de coopération avec les pays voisins (la Colombie, ndlr), l’essor du trafic de drogues par bateaux, la chute des saisies, le refus de juger les officiels corrompus et le statut précaire de la DEA (les stups américains, ndlr) dans le pays». A cette occasion, Washington épinglait également la Bolivie, dont la politique «zéro cocaïne, mais pas zéro coca» menée par l’ex-cocalero Evo Morales inquiète au plus haut point les stratèges américains. Quant à la Colombie, elle était félicitée par la Maison blanche, «pour son implication dans le combat contre le trafic de drogues et les réseaux terroristes qui y sont liés. Combat qui a obtenu des résultats significatifs en termes d’éradication, d’interdiction et d’extradition de suspects vers les Etats-Unis».

Rappelons, pour conclure, que la Colombie reste, de très loin, le principal producteur de cocaïne au monde, tandis que la Bolivie fait, de ce point de vue, figure de nain, et que le Venezuela et l’Equateur ne sont à ce jour pas accusés d’être des producteurs de cocaïne. Mais d’avoir des gouvernements farouchement antiaméricains, tandis que la Colombie reste le principal allié de Washington dans la région. Qui a dit que la guerre à la drogue était un prétexte ?

(Lire également ici, à propos du Pérou)

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mardi 19 décembre 2006 2 19 12 2006 19:11

Qui a dit que la principale ressource agricole des Etats-Unis était le maïs? Il s’agit en fait de la marijuana. Avec un chiffre d’affaire de plus de 35 milliards de dollars, le cannabis made in USA rapporterait en effet plus que la matière première des Corn Flakes (23 milliards) et le soja (17,6 milliards). Quand on se veut le leader de la guerre mondiale à la drogue ; quand on envoie des soldats en Colombie ou en Afghanistan pour lutter contre les «narcoterroristes»; qu’on fait pression sur le Canada, trop compréhensif sur cette question, et que l’on décerne chaque année des mauvais points aux pays ne luttant pas assez contre les stupéfiants, c’est le genre d’étude qu’on préférerait oublier très vite.

Bien sûr, l’auteur du rapport, le chercheur Jon Gettman est un avocat de longue date de la dépénalisation du cannabis. Mais ses chiffres s’appuient sur les données fournies par l’administration américaine en 2003. Ainsi, selon les bureaux du Tzar antidrogues américain, les Etats-Unis produiraient environ 10 000 tonnes d’herbe par an. Un chiffre déjà connu et repris par l’ONU, qui ferait du pays un des tous principaux producteurs mondiaux. Dans l'indifférence générale. Partant de ce chiffre difficilement vérifiable mais également difficilement contestable par les autorités, le chercheur évalue, a minima, à 35,8 milliards de dollars le chiffre d’affaires de la marijuana locale.

La Californie, Etat de tradition agricole, fournirait à elle seule le tiers d'une production multipliée par dix en vingt-cinq ans. Tandis que le Tennessee, le Kentucky, Hawaii et Washington suivraient au palmarès. Au total, le pays compterait 56 millions de pieds d’herbe cultivés en extérieur et 11,7 millions en intérieur (photo extraite du site de la DEA). Soit autant que le Mexique. Et bien plus que le Canada, pourtant sans cesse montré du doigt pour ses exportations de « BC Bud » (la skunk de Vancouver) vers les Etats-Unis. Pourtant jamais, au niveau international, les Etats-Unis n’ont été rappelés à l’ordre comme peut l’être le Maroc, autre gros producteur.

«Le fait que la marijuana soit la principale ressource agricole américaine après plus de trois décennies d’efforts d’éradication démontre bien que les lois actuelles sont un échec total», en a conclu hier Rob Kampia , du Marijuana policy project, association antiprohibitionniste qui publie l’étude. Et comme on est aux Etats-Unis, ce dernier ajoute: «Nos lois font en sorte que 100% de cette manne aille aux criminels plutôt qu’aux business légaux, qui paient des taxes pour financer les écoles, la police, les routes…»

Quant à Tom Riley, porte-parole du Tzar antidrogues John Walters, il n’a ni infirmé ni confirmé ses chiffres, mais a évoqué l’Afghanistan et la Colombie pour rétorquer à Kampia : «La cocaïne est la principale ressource agricole de la Colombie et ça n’a pas marché pour eux, le pavot est la principale ressource agricole de l’Afghanistan et ça a été désastreux pour eux.» Afghanistan, Colombie, Etats-Unis… Habile comparaison.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mardi 19 décembre 2006 2 19 12 2006 13:14

En quelques jours, trois des principales candidates de gauche à la présidentielle ont été amenées, à leur corps défendant, à se prononcer sur la dépénalisation du cannabis. Ne faisons pas durer plus longtemps cet insoutenable suspens. La réponse a été unanime: pas un seul oui.

Parce que «la distinction entre drogues légales et illégales s'estompe au profit d'un message de prévention des toxicomanies et d'une approche plus lucide des phénomènes de délinquance liés aux mafias des drogues dans les quartiers», pour Dominique Voynet (Verts), qui si elle n'a pas formellement dit non, jeudi sur le site de Libé, a esquivé la question.

Parce que « la question est globale, [que] c'est une question éducative de lutte contre toutes les formes de toxicomanie et aussi une interrogation sur les raisons pour lesquelles les jeunes transgressent », pour Ségolène Royale (PS) chez Serge Moati dimanche (Ripostes).

Parce que « je n'ai pas envie de banaliser les drogues, et toutes les drogues d'ailleurs », pour Arlette Laguiller (LO) chez Denisot hier (le Grand Journal).

A moins que Marie-George Buffet ne change radicalement son pétard d’épaule, toutes les candidates de gauche devraient donc esquiver le débat.

Bien sûr, les choses évoluent et le refus n’est pas absolu.

Voynet concède que «les Verts ont toujours pointé l'hypocrisie de la politique française en matière de drogue». «On traitait comme un criminel le consommateur occasionnel de cannabis, et comme un signe de virilité la cuite du samedi soir.»

Royal accorde: «Je crois qu'il faut sortir de l'hypocrisie. Ce dont les jeunes souffrent, c'est de polytoxicomanie, c'est-à-dire le mélange drogue, alcool, qui est quand même une drogue légale, et quand on voit aujourd'hui l'alcoolisme chez les jeunes, il est souvent aussi grave que la consommation de drogues dites douces

Quant à Laguiller, elle y est presque: «Je ne suis pas pour poursuivre et faire faire de la prison pour les jeunes, et pas seulement les jeunes d'ailleurs.» Mais c’est non quand même. Peut-être pour sa septième candidature à l’Elysée…

Ni vraiment pour, ni vraiment contre : on sent bien, à lire ces contributions, le malaise régnant sur la question au sein de la gauche française. Et pourtant, un simple regard vers nos voisins européens permettrait peut-être aux candidates de franchir ce petit pas qui semble si douloureux. Car même si tout le monde s’accorde sur le fait que les simples consommateurs de cannabis finissant en prison sont aujourd’hui une exception, la France est loin d’être devenue une société permissive, comme on l’entend souvent à droite (voir les récents propos de Nicolas Sarkozy). Elle est même l’un des pays européens les plus répressifs en la matière: dans l'Union à 25, seuls Chypre, la Grèce, la Finlande et la Suède font aujourd'hui de la consommation de cannabis une infraction pénale. Ce qui n’empêche pas notre jeunesse d’être l’une des plus grosses consommatrices de cannabis en Europe. Devant les Pays-Bas…

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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