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Lundi 18 décembre 2006
Pour ceux qui ne connaîtraient pas les îles Cook, Wikipédia nous apprend qu’elles sont un archipel paradisiaque indépendant situé dans le Pacifique Sud et librement associé à la Nouvelle-Zélande.
Evidemment, quand on voit cette photo, on ne pense pas précisément «enfer de la drogue». Et pourtant, à en croire un rapport d’enquête rédigé par un ex-policier néo-zélandais, l’archipel s’adonnerait volontiers à la métahamphétamine et à la cocaïne qui «font partie de la vie de tous les jours dans certains villages.» (
Tahiti Presse). Quant aux écoliers, ils fumeraient de plus en plus de cannabis. Pas facile, pourtant, de trouver un dealer, puisqu’au dernier recensement de 2001, les îles ne comptaient que 18000 habitants.
Enfin, lorsque l’on sait qu’après les îles Salomon, les Fidji et le Timor oriental, l’archipel de Tonga a sombré en novembre dans la violence, on se dit qu’on n’est pas si mal sous la pluie, à Paris.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Dimanche 17 décembre 2006

«Décevante», c’est ainsi que John Walters, le tzar antidrogues américain, a qualifié au début du mois l’annonce du doublement des surfaces cultivées de pavot en Afghanistan. Fort d’un tel succès (les capacités de production d’opium sont passées de 185 à 5650 tonnes depuis le début de l’intervention internationale dans le pays), on aurait légitimement pu croire que Washington tenterait de changer son fusil d’épaule.

C’est mal connaître le directeur Walters. La semaine dernière, celui-ci présentait LA nouvelle solution miracle pour l’Afghanistan: l’herbicide Roundup. La technique est déjà bien rôdée: puisque les Afghans refusent de se montrer raisonnables et d’arrêter de cultiver le pavot, l’Amérique va les y forcer. En détruisant des cultures qui sont l’unique source de revenus pour de nombreux paysans. Après les succès phénoménaux rencontrés par cette politique en Amérique latine (où la production de cocaïne est globalement stable depuis six ans mais où les Etats-Unis s’enlisent dans un conflit de plus en plus meurtrier), Washington souhaite désormais l’importer en Afghanistan, où le gouvernement Karzaï y est pourtant invariablement hostile depuis son entrée en fonction. De sérieux doutes persistent en effet sur l’innocuité de ces pratiques pour la santé et l’environnement. L'Equateur se plaint ainsi depuis des années des conséquences sur son sol des fumigations à la frontière colombienne. Mais selon John Walters, il n'y a aucune inquiétude à avoir et Kaboul aurait finalement donné son accord, à condition que l’herbicide ne soit pas largué par avion mais au sol : «Je crois que le président a dit oui et je crois que certains ministres ont répété oui», a hasardé Walters lors d’une conférence de presse.

De l’autre côté de l’échiquier, des voix de plus en plus nombreuses et prestigieuses (Drogues News du 4 décembre) s’élèvent pour réclamer une stratégie alternative de développement à long terme. «Un “plan Afghanistan” sur le modèle colombien serait la pire des solutions, a ainsi récemment déploré le chercheur néerlandais Martin Jelsma , à l’occasion de la sortie d’un rapport pour le Transnational institute, think-tank basé à Amsterdam. L’exemple colombien montre combien une éradication agressive peut entamer un cercle vicieux aux conséquences désastreuses pour les paysans et leur famille comme pour la paix et la stabilisation du pays.» Avant de poursuivre: «Il est illusoire de croire qu’une stratégie appliquée en Afghanistan peut résoudre les problèmes d’addiction à l’héroïne en Europe. Ces problèmes doivent être traités par des politiques adaptées sur les marchés de consommation pas en montant des opérations d’éradication en Afghanistan.» Pour ce grand spécialiste international de la géopolitique des drogues, l’économie de l’opium n’est que la conséquence de vingt ans de guerre, de destruction des infrastructures et de l’économie légale, de déplacement des populations… et ce n’est qu’en s’attaquant à ces problèmes en priorité qu’une baisse durable de la production de pavot peut être atteinte. «Intensifier la guerre à la drogue en Afghanistan aurait uniquement pour effet de nourrir le conflit, conclut Jelsma. A l’inverse, les objectifs de la politique antidrogues devraient se fondre dans l’effort global de paix, de développement et de reconstruction.»

Des propos pas si éloignés de ceux de certains camarades de jeu du directeur Walters. Alors que le Pentagone traîne toujours des pieds pour s'impliquer dans le combat contre le trafic de drogues en Afghanistan, le directeur de la CIA, le général Michael Hayden, a récemment déclaré au Congrès : «C’est un cercle vicieux. La priorité est aujourd’hui la stabilité… Or notre simple présence et le fait de combattre le trafic de drogues nourrissent l’instabilité que nous sommes censés combattre.» De quoi donner mal à la tête à son collègue du gouvernement.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 15 décembre 2006
Probablement ému par le sort d'un champion national de fléchettes malchanceux condamné par sa fédération pour avoir fumé du cannabis (Drogues News du 1er décembre), le ministre britannique des Sports préconise que, pour les JO de Londres de 2012, les athlètes ne soient plus bannis pour consommation de drogues récréatives. Et propose donc de retirer le cannabis des substances dopantes. En effet, argumentait hier Richard Caborn devant une commission scientifique du Parlement, la vraie menace sur l'esprit olympique ne viendrait pas de quelques pétards fumés pour fêter une victoire mais des techniques de dopage plus efficaces et plus au goût du jour, comme l'hormone de croissance ou les manipulations génétiques. "Notre rôle n'est pas de policer la société. Notre rôle est d'éradiquer la tricherie du sport", a précisé le ministre (lire l'article du Evening Standard). Avant d'exclure également de poursuivre pénalement les athlètes convaincus de dopage aux jeux de Londres.
Si l'on se résume, la consommation de cannabis n'étant plus sanctionnée au Royaume -Uni, les athlètes cannabinophiles s'apprêtent à passer un agréable été 2012. Une chance pour eux que Paris n'ait pas hérité de l'organisation des jeux.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Jeudi 14 décembre 2006

La candidate des Verts à la présidentielle, Dominique Voynet, semble être gênée aux entournures sur la question du cannabis. Interrogée par un internaute il y a cinq minutes sur le chat de Libé, sur le fait de savoir si elle prônerait, comme Mamère en 2002, la dépénalisation du cannabis, la candidate répond ceci: «Les Verts ont toujours pointé l'hypocrisie de la politique française en matière de drogue, on traitait comme un criminel le consommateur occasionnel de cannabis, et comme un signe de virilité la cuite du samedi soir.

«On n'en est plus là. La distinction entre drogues légales et illégales s'estompe au profit d'un message de prévention des toxicomanies et d'une approche plus lucide des phénomènes de délinquance liés aux mafias des drogues dans les quartiers.»

Fermez le ban. Un pur exemple de langue de bois. Certes, il est difficile de ne pas donner raison à l’ex-ministre de la gauche plurielle. Depuis le passage de Nicole Maestracci à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies (Mildt) les drogues (licites ou pas) sont traitées dans un même volet sanitaire. Reste que certaines sont interdites (et leur consommation toujours passible d'un an de prison) les autres non. Depuis la fin des années 1990, tous les hommes et femmes politiques de gauche se cachent ainsi derrière leur petit doigt: pourquoi dépénaliser alors que, de fait, la dépénalisation existe? Mais alors pourquoi ne pas dépénaliser vraiment? Et sur ce point, Voynet choisit de ne pas répondre.

Il semble donc que les Verts ne défendront pas à la présidentielle la dépénalisation du cannabis comme ils l’avaient fait en 2002. Quelle régression de la part des écolos lorsqu'on se souvient qu'ils présentaient, en 1999, Jean-Pierre Galland , président du Circ, comme candidat aux européennes. Quant à savoir ce qu'en pense Hulot, je ne crois pas qu'il ait déjà été interpellé sur la question.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mardi 12 décembre 2006
Info ou Intox, on a tellement envie d'y croire que je ne résiste pas à la tentation de le raconter. Depuis quelques jours circule sur dailymotion un extrait de 93 faubourg Saint-Honoré, l'émission d'Ardisson sur Paris première. Karl Zéro est invité et y relate une fort croustillante anecdote sur son invitation chez les Sarkozy avec Laurent Baffie. En fin de repas, le comique aurait allumé un joint, contre l'avis de Pierre Charon, le conseiller du ministre de l'Intérieur. Joint que Baffie aurait fait tourner au fils Sarkozy. Dans un silence général embarassé. L'histoire ne dit pas si son père a goûté ou non. Enfin, détail qui tue, le post sur dailymotion est signé www.segoleneroyal.tv. Alors info ou intox ? A vous de juger:

L'extrait de 93, faubourg Saint-Honoré

Rappelons en tous cas qu'il y a quinze jours, interpellé sur le cannabis par des jeunes de quartiers en difficulté, le ministre-candidat rappelait qu'il voulait «recréer l'interdit social sur la consommation de drogue». Peut-être ses nouveaux amis Doc Gynéco et Laurent Baffie l'ont-ils fait changer d'avis...
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mardi 12 décembre 2006

Alors que la science s'épuise à mettre au point un vaccin contre la cocaïne et que le gouvernement affirme vouloir offrir plus de places de cure aux dépendants, une amie journaliste soucieuse d'alimenter ce blog en informations décisives m'a fait parvenir LA solution contre la toxicomanie.

Elle était pourtant là, à ma portée, page 129 du livre d'Angel Adams, "Par le pouvoir du Coeur-Sacré de Jésus" (sorti le mois dernier) au chapitre pourtant clairement intitulé "Pour protéger une personne du danger de la drogue" (car Dieu merci, Angel Adams exclut d'emblée qu'aucune de ses ouailles ne puisse avoir elle-même succombé à une autre substance coupable que le vin de messe).

Voilà donc la recette (les liens renvoient aux pages Wikipedia correspondantes pour ceux qui, comme moi, manqueraient de culture catholique romaine). Prévoir un peu de temps tout de même :

1 - "Faites le signe de croix" (jusque-là, facile).

2 - "Récitez le Confiteor."

3- "Récitez le Notre Père" (moins dur).

4 - Puis lire le texte (de deux pages) qui suit et dit, entre autres, ceci: "Ô Coeur-Sacré de Jésus, vous ayant confessé ma faute, j'ose obtenir de vous la grâce que je vous demande aujourd'hui. Je vous supplie, dans votre immense bonté, de sauver X... (nommez la personne, sic) des dangers de la drogue, ce poison que Satan et ses acolytes inoculent à nos enfants." Suivent d'autres incantations: "Ô Coeur-Sacré de Jésus, ayez pitié de X... et ne permettez pas à l'ennemi du genre humain de corrompre votre enfant." etc, etc. Avant de se conclure ainsi : "Ô Coeur-Sacré de Jésus, soyez le rempart entre X... (nommez la personne, resic) et le mal et sauvez-le, je vous en supplie, avec toute la force de mon âme, des dangers de la drogue." (Ca c'est envoyé!)

5- "Lisez le Gloria in excelsis Deo" (plus technique).

6 - Récitez le Notre Père trois fois.

7 - Récitez le Je vous salue Marie, trois fois.

Et voilà. Le président afghan Karzaï et son jihad contre l'opium et Narconon et sa croisade scientologique contre la drogue dans le XVIIIe n'ont qu'à bien se tenir, le Coeur-Sacré de Jésus, lui, veille vraiment sur les toxicos.

(La direction de Drogues News décline toute responsabilité en cas d'échec de cette recette miracle...).

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Dimanche 10 décembre 2006
Le Chilien Pinochet est finalement mort avant Castro. Il vient de s’éteindre aujourd’hui, à l’âge de 91 ans, une semaine après avoir été victime d'un infarctus du myocarde.
Tout comme Castro, le dictateur chilien (1973-1990) était accusé d’avoir trempé dans le trafic de cocaïne. Cet été, l’ex-chef de la Dina, la police secrète de l'époque (accusée d’être responsable de la plupart des 3000 disparitions et assassinats de la dictature), le général Manuel Conteras, avait affirmé lors d'un interrogatoire que Pinochet s’était enrichi à travers un réseau de fabrication et trafic de cocaïne, monté avec l'aide de son plus jeune fils. La famille du dictateur avait porté plainte.
Une information encore non vérifiée à ma connaissance mais qui entre en résonance avec les divers trafics (dont celui de drogues) dont a été accusée la CIA en Amérique latine pour financer les guérillas antimarxistes.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 8 décembre 2006
«Une drogue dont la puissance a été décuplée par divers artifices et dont la diffusion a pris une allure pandémique chez nos adolescents.» «De toutes les drogues, son principe actif est le seul à se loger durablement dans le cerveau et le tissu adipeux.» «Il provoque une dépendance psychique telle qu’un sujet sur quatre devient "accro" et une dépendance physique dont les expressions sont très décalées par rapport à sa dernière consommation. Il induit une tolérance qui conduit à multiplier les prises et à accroître les doses pour retrouver l’effet recherché.» «La dépendance [à cette drogue] fait percevoir d’emblée, sur un mode exceptionnellement plaisant, les effets de l’héroïne –c’est pourquoi nos 150000 héroïnomanes français sont tous passés préalablement par [elle].» Elle «a des conséquences néfastes sur le développement fœtal, puis sur le développement psychomoteur de l’enfant».
Mais de quelle drogue peut-il donc s’agir ? Une méthamphétamine yakoute? Du crack turboboosté? Le remplaçant du PCP ? Rien de tout cela, il s’agit en fait du cannabis. Ces propos n’ont pas été tenus au siècle dernier, mais il y a quelques jours, et pas par un délégué de parents d’élèves catholique intégriste mais par un directeur d’unité (de neuropsychopharmacologie) du CNRS. L’homme est interviewé dans le journal du CNRS à l’occasion de la sortie d’un livre dont le titre est tout en nuance : Halte au Cannabis ! (Editions Odile Jacob, pour ceux qui voudraient tout de même tenter).
Chacun verra dans les propos du Pr Jean Costentin (puisque c’est de lui qu’il s’agit) ce qu’il voudra, puisque, après tout, peu d’entre nous disposent des bases scientifiques nécessaires au débat. Certains y verront confirmation de ce qu’ils ont toujours pensé. D’autres une régression de la science et de la raison. Chacun admettra en tous cas que leur résonnance est très peu scientifique mais très polémique. Que de la distance semble pour le moins manquer pour une drogue qui n’a à ce jour été à l’origine d’aucun décès répertorié (s’il l’on excepte les accidents de voiture) et qui ne semble pas transformer ses 800 000 consommateurs réguliers (tout de même un record) en zombies.
Pour ma part, je citerais Timothy Leary, qui, avant d’être le pape du LSD, était professeur à Harvard : «Les drogues sont des substances qui provoquent des comportements irrationnels et délirants… chez ceux qui n’en prennent jamais.»
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Jeudi 7 décembre 2006
Le 31 décembre 2005, aux Etats-Unis, un garçon noir sur douze âgé de 25 à 29 ans passait la nuit en prison. A la même date, un garçon blanc du même âge sur cent était en prison. En 2005, la population carcérale américaine a encore cru: 2 320 359 prisonniers. 3% de la population totale était en prison, en probation ou en conditionelle.
Cette horloge d'un genre un peu particulier (réalisée par le site américain Drugsense) rappelle cela à sa manière. Rappelle qu'aux Etats-Unis, la guerre à la drogue n'est pas un vain mot. En 2005 toujours, la police a appréhendé 786 545 personnes pour des affaires liées à du cannabis. Ce qui représente une arrestation toutes les deux minutes. Nouveau "record" selon le FBI. En 2003, le budget fédéral alloué à cette cause était de 600 dollars par seconde.
Il a augmenté depuis. Quant au nombre des contamination au HIV qui auraient pu être évitées, il souligne le refus constant de Washington de lever son veto au financement de programmes d'échange de seringues. Introduits en France dès 1987.

 

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mercredi 6 décembre 2006
Le Groupe Pompidou (émanation du Conseil de l’Europe) a réuni la semaine dernière les représentants de 35 pays pour définir une stratégie antidrogues jusqu’à 2010 et désigner une nouvelle présidence. Et alors?, me direz-vous. Certes, le Conseil de l’Europe n’est plus vraiment aux devants de l’actualité et le Groupe Pompidou -dont vous n’avez sûrement jamais entendu parler-, ne fixe pas l’alpha et l’oméga des politiques antidrogues de ses membres. Mais cette instance de réflexion et de confrontation des points de vue permet en outre de prendre la température du débat européen. Il est ainsi assez étonnant que le successeur des Pays-Bas à la tête du Groupe soit la Pologne, que les jumeaux Kaczynski n’ont pas précisément placée en tête du progressisme social. Pologne qui se retrouve flanquée d’une vice-présidence espagnole, où le cannabis est, de fait, dépénalisé... Prise de température, donc, avec le secrétaire exécutif du Groupe, le Britannique Christopher Luckett, fin connaisseur des arcanes européens.
Quel était l’ordre du jour de cette conférence ministérielle?
Depuis trois ans, le Groupe Pompidou réforme ses structures et réfléchit à ses priorités. Il était important pour nous que les ministres donnent leur accord sur cette réforme. Nous avons reçu un soutien fort de leur part.
En ce qui concerne la recherche, nous avons mis l’accent sur les questions éthiques, en nous nous prononçant, par exemple, contre les dépistages de drogues à l’école comme cela se pratique dans certains pays, Royaume-Uni en tête. La Croatie et les pays scandinaves mettent également ce genre de mesures en place au niveau local. Le gouvernement Berlusconi avait affiché sa volonté de leur emboîter le pas, mais le nouveau ministre italien a insisté sur le revirement de son pays depuis les élections en ce qui concerne les stupéfiants. Sur ce sujet, il ne faut pas négliger la pression forte des fabricants de tests.
De manière générale, notre préoccupation est que, avec le développement technologique, comme l’arrivée de vaccins contre la cocaïne ou l’identification d’un gène de la dépendance, la politique des drogues ne soit instrumentalisée. Ces progrès ont en effet un côté facile à vendre à l’opinion. L’approche technique semble offrir une solution, mais ce n’est qu’une solution limitée, une solution technocratique à court terme.
Pour les vaccins par exemple, on sait qu’une fois qu’ils seront accessibles en post-cure, certains voudront des vaccinations préventives des groupes à risque.
Comment les pays européens s’accordent-ils sur ces questions?
Les débats sont beaucoup moins polémiques qu’ils ne l’ont été. Certains pays, comme la Russie, restent sur une ligne très répressive, refusent de parler de politiques de réduction des risques. Politiques contre lesquelles on entend beaucoup moins la Suède mais beaucoup plus le Danemark. A l’autre bout de l’échiquier, les salles d’injection pour héroïnomanes sont expérimentées en Allemagne. Mais on assiste à des changements politiques aux Pays-Bas, qui sont devenus plus répressifs.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette conférence?
C’est la déclaration de la délégation suisse, pour qui, «malheureusement, la toxicomanie n’est plus une priorité». On voit ça dans d’autres pays. La toxicomanie est globalement en baisse dans les priorités, au profit des questions de terrorisme. Certains pays comme la France ont effectivement moins de problèmes liés aux overdoses, mais dans d’autres, les OD sont toujours un problème. Et il reste quoi qu’il en soit la question de la délinquance associée.
Le tabac et l’alcool intéressent plus, ce qui est positif. Mais l’usage chronique de cannabis est devenu un problème que l’on ne peut pas ignorer. Enfin, on risque un déferlement d’héroïne très bon marché. La toxicomanie ne doit pas disparaître des priorités. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Il faut rester vigilant.

 

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Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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