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Mardi 5 décembre 2006
C’est une triste première. Depuis son adoption par l’Assemblée nationale il y a exactement trente-six ans, c’est la première fois que la loi de 1970 sur la toxicomanie est réformée dans l’indifférence générale. Alors que les députés s’apprêtent à voter aujourd’hui solennellement la loi sur la délinquance de Nicolas Sarkozy, pas un journal, pas une télé pas une radio ne semble s’intéresser à son volet toxicomanie, qui constitue pourtant la principale réforme en la matière depuis des années.
A titre de comparaison, lorsque Charles Pasqua avait, au milieu des années 90, relancé le débat sur la loi de 1970, les auditions de la commission Henrion avaient été retransmises en direct à la télé (sans aucun résultat toutefois, ladite commission s’étant, contre toute attente, prononcé pour la dépénalisation de l’usage...).
Alors pourquoi tant d’indifférence ? D’abord parce que le problème de la toxicomanie est devenu moins spectaculaire. Un chiffre pour s’en convaincre : 23 personnes sont mortes d’overdose d’héroïne en France en 2005, contre environ 500 par an au milieu des années 90. La réduction des risques liés à l’usage de drogues est passée par là. Bien sûr, la cocaïne monte en puissance, le crack fait des dégâts (mais concerne somme toute assez peu de gens) et la consommation de cannabis a explosé (mais malgré les efforts du gouvernement, sa «très grande dangerosité» n’a toujours pas été prouvée), mais l’image du junkie a quasiment disparu du radar médiatique. L'ensemble de la question des drogues avec.
Autre raison de l’indifférence générale: les questions de libertés publiques dans leur ensemble sont moins mobilisatrices. La répression séduit électorat de droite comme de gauche et le discours libertaire, oripeau de mai 1968, semble provisoirement inaudible : s’ils ne veulent pas avoir de problèmes avec la justice, les fumeurs n’ont qu’à arrêter de fumer!
Enfin, peut-être échaudé par l’échec de sa précédente tentative de réforme en 2003, le ministre de l’Intérieur lui-même semble avoir souhaité cette discrétion. Comment, autrement, expliquer que la réforme soit contenue dans une loi globale sur la délinquance, dont certains volets sont, il est vrai, bien plus spectaculaires?
Reste à savoir ce qui va concrètement changer pour les usagers de drogues. Probablement rien, ou pas grand-chose.
Bien sûr, l’affichage se veut énergique. «Nous choisissons d’être moins durs en théorie pour être enfin efficaces en pratique», a déclaré Sarkozy à l’Assemblée il y a quinze jours en présentant son projet. «Moins durs» ? Rien n’est moins sûr: la plupart des peines prévues pour consommation ou trafic sont revues à la hausse. Mais les maximums sont de toutes façons déjà tellement élevés en la matière que rien ne devrait changer de ce côté dans les tribunaux. Si ce n'est que les avocats devront cesser de plaider la toxicomanie comme circonstance atténuante, l'usage de stupéfiant devenant tout à coup une circonstance aggravante.
La loi sera-t-elle plus systématiquement appliquée, comme le prétend le ministre? Pas si sûr. Car si elle ne l'est pas aujourd'hui, Sarkozy n’y est pas tout à fait étranger. Selon le Canard enchaîné (« Mission maquillage sur les statistiques de la délinquance »), les commissariats de police parisiens ont reçu l’ordre de ne pas engager de procédures contre les usagers de stupéfiants détenant moins de cinq grammes et ce afin de rendre plus présentables les chiffres de la délinquance du candidat Sarkozy... Alors qui croire ? Le candidat qui demande aux policiers de ne pas appliquer la loi ? Ou le ministre qui déclare vouloir changer la loi pour qu’elle soit systématiquement appliquée ? Et si tel était le cas, les moyens seraient-ils débloqués ? Ainsi des «stages de sensibilisation aux dangers de la drogue». Difficile de s'y opposer: mieux vaut un usager en stage qu'en prison. Mais si la loi était réellement appliquée, plus de 500 personnes seraient à terme envoyées chaque jour dans ces stages. Ce qui implique locaux et formateurs. Idem pour la généralisation de l’injonction thérapeutique, alors que la France manque déjà cruellement de places d’accueil pour les toxicomanes.
Enfin, et c’est probablement la principale menace planant aujourd’hui sur le texte de M. Sarkozy, en cas de défaite face à Ségolène Royal à la présidentielle, les décrets d’application de la loi n’auront probablement pas le temps d’être signés. Mais rien ne dit que Ségolène Royal serait plus souple en la matière.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 4 décembre 2006

Depuis l’intervention américaine en Afghanistan, le scénario était tout trouvé. L’opium finançait les talibans, qui protégeaient Ben Laden. Une appellation, sobre mais efficace, avait même été créée pour le prouver: narcoterrorisme. L’éradication par la force contribuait donc à la guerre mondiale au terrorisme. Seulement voilà, depuis cinq ans et malgré l’obstination occidentale, Etats-Unis en tête, c’est le scénario inverse qui semble se produire et la production atteint des niveaux historiques. «Lancés et financés principalement par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, les projets de suppression accélérée de l’économie de l’opium risquent de compromettre la sécurité alimentaire des producteurs et de déstabiliser les transitions vers une économie de paix», avance ainsi, dans un article paru la semaine dernière dans la revue Etudes, Pierre-Arnaud Chouvy (photo), chercheur au CNRS et l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de la question de l’opium (son site). Pour lui, contrairement aux idées reçues, «c’est une économie de guerre, civile notamment, qui a d’abord alimenté celle de l’opium, et non l’inverse. (…) Seul le retour à la stabilité politique et à la sécurité permettra le développement économique de la paysannerie afghane, dont celle de l’opium qui ne demande rien de mieux que d’en abandonner la production au profit d’une autre, plus rémunératrice, moins risquée et moins laborieuse.» De tout cela, le chercheur conclut qu’il est «permis de penser que l’économie de l’opium n’est qu’un "mal" nécessaire mais temporaire dans un Afghanistan en pleine reconstruction politique et économique».

Des conclusions largement appuyées, en termes plus feutrés, par le récent rapport de la Banque mondiale et de l’ONUDC (Office des Nations unies contre la drogue et le crime) sur «l’Industrie afghane de la drogue»: «Alors que l’industrie de la drogue constitue en elle-même une sérieuse menace envers la reconstruction de l’Etat, des politiques antidrogues mal considérées peuvent s’avérer contreproductives en termes de gouvernance, risquant d’exacerber les difficultés actuelles», écrivent les deux institutions. Selon elles, les récents efforts d’éradication ont eu des «effets secondaires indésirables»: elles ont été vecteur de corruption, leur impact a été ressenti surtout par les plus pauvres et le gouvernement y a perdu de la crédibilité. Le tout pour des résultats plus que mitigés: «Les succès remportés dans une province pour réduire la culture de l’opium se traduisent généralement par une augmentation ailleurs plutôt que par une baisse globale de la production nationale.» Cerise sur le gâteau, «il y a des signes inquiétants d’infiltration de l’industrie de la drogue aux plus hauts niveaux du gouvernement».

Alors que faire ? D’abord rester modeste: «Les attentes sur ce qui peut être accompli dans le court terme doivent rester raisonnables.» Mais surtout «la conception et la mise en pratique des efforts antidrogues doivent intégrer les dommages collatéraux : baisse de revenue pour les pauvres, accès réduit à la terre et au crédit, hausse des dettes liées à l’opium, baisse de la demande globale dans le monde rural et baisse de soutien pour le gouvernement dans ces mêmes zones». Concrètement, pour Alastair McKechnie, directeur de la Banque mondiale en Afghanistan, «les efforts pour décourager les fermiers de planter de l’opium devraient être concentrés dans les localités où la terre, l’eau et l’accès à un marché font que des modes de développement alternatifs sont envisageables. Les programmes de développement ruraux sont nécessaires dans tout le pays. Ils ne doivent pas se concentrer dans les zones de production d’opium afin de prévenir toute extension des cultures».

Des politiques bien loin de la guerre à la drogue qu’entendent aujourd’hui encore livrer les Occidentaux en Afghanistan. Avec le succès que l'on s

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 1 décembre 2006
«C’est le Doc Gynéco qui a encore dû conseiller le gouvernement !», a résumé le socialiste Jean-Marie Le Guen, hier soir à l’Assemblée nationale, lors de la discussion du volet toxicomanie de la loi Sarkozy de prévention de la délinquance (lire le post du 24 novembre pour les principales mesures).
C’est la possibilité désormais offerte au procureur de soumettre les usagers arrêtés à une injonction thérapeutique qui semble avoir donné lieu au plus bel échange, à en croire le compte-rendu sur le site de l’Assemblée : «L’injonction thérapeutique, qui n’a rien de novateur, n’a de sens que pour les personnes dépendantes, ce que ne sont pas tous les consommateurs de cannabis, a estimé Jean-Marie Le Guen. En outre, le corps médical reste dans le doute quant à la possibilité de soigner par la contrainte. Enfin, nous sommes très loin de disposer des ressources humaines permettant de répondre aux besoins.» Avant d’ajouter à l’endroit du Garde des sceaux Pascal Clément (qui défendait le texte en l’absence de Nicolas Sarkozy, retenu à la télé) : «Vous parlez des jeunes qui fument du cannabis comme s’il s’agissait d’habitants d’une autre planète ! La vérité, c’est que ce sont nos enfants, qu’ils vivent au milieu de nous et que la moitié des jeunes d’aujourd’hui ont déjà fumé. Ouvrez les yeux et ne considérez pas avec hauteur tous ces jeunes comme des malades !» Réponse du Garde des sceaux : «La drogue, c’est toujours dangereux – mais sans doute n’est-ce pas votre avis, c’est là le problème.» Conclusion de Le Guen : «Pitoyable ! Vous n’y connaissez rien !»
A noter, à propos de l’extension de la procédure de l'ordonnance pénale aux délits d'usage de stupéfiants, la très belle sortie du communiste Patrick Braouzec : «L'utilisation de la voie pénale comme modalité de traitement d'un problème de santé publique nous interroge à plus d’un titre. Cette procédure ne va-t-elle pas empêcher une véritable orientation sanitaire et psychologique ? Les exemples étrangers n’ont-ils pas prouvé que la criminalisation de la toxicomanie était inefficace ? A l’inverse la médicalisation de la réponse et la prescription de produits de substitution n’ont-ils pas fait la preuve de leur efficacité au plan sanitaire et pour réduire la délinquance, notamment pour ce qui concerne la consommation d’héroïne ? Une politique tendant à réduire le nombre des consommateurs ne permet-elle pas de tarir le marché de l’offre illégale ? C'est pourquoi nous considérons que seule la prévention sanitaire permettra d’obtenir des résultats satisfaisants.»
Réponse du ministre, sur la philosophie générale du texte (telle qu’édictée par Nicolas Sarkozy la semaine dernière) : «Ordonnance pénale pour les majeurs, composition pénale pour les mineurs, injonction thérapeutique à tous les stades de la procédure, voilà comment nous répondons à la non-application de la loi de 1970 pour les usagers de drogues. (...) Nous ferons savoir qu’il y aura maintenant une réponse pénale à l’usage de drogues. Nous ne cherchons pas la réponse la plus sévère, car c’est précisément en raison de son extrême sévérité que la loi de 1970 n’est pas appliquée, mais des réponses proportionnées et utiles, au premier rang desquelles l’injonction de soins.»
Mais au-delà de ces bonnes paroles ministérielles, l’ambiance était tout de même hier soir à l’aggravation généralisée des sanctions, avec la bénédiction des députés : aggravation des peines de prison prévues pour les simples usagers lorsqu’ils sont chargés de missions de service de public ou salariés d’entreprises de transports, pour toutes les infractions commises sous l’emprise de stupéfiants ou en état d’ivresse –aujourd’hui plutôt considérés comme une circonstance atténuante-, ou encore pour les « provocations directes à transporter, détenir, offrir ou céder des stupéfiants dirigées vers un mineur ou commises dans les établissements d'enseignement ou d'éducation » ou aux abords de locaux administratifs.
La séance a été levée à 00h10, la discussion se poursuit ce matin.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 1 décembre 2006
On n'arrête pas le progrès. Un joueur de fléchettes britannique a été suspendu huit semaines par sa fédération (et oui, elle existe) après un contrôle positif au cannabis. «Robbie Green, surnommé "Kong" en raison d'un tatouage sur le cou, joue de malchance. L’agence britannique antidopage n'a introduit que cette année ses contrôles dans les fléchettes et Green n'est que le huitième professionnel à avoir été contrôlé», précise l’AFP. Pour quiconque s’est déjà essayé aux dites fléchettes, il est très difficile de croire qu’un pétard puisse être d’aucune aide, voir qu'il n'ait pas tendance à vous éloigner du centre de la cible. On espère pour les amoureux des pubs et des fléchettes, et pour l’avenir de ce sport hautement physique, que la bière ne figure pas sur la liste des produits dopants.
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Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mercredi 29 novembre 2006
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Un prince saoudien accusé d’avoir, en mai 1999, transporté du Venezuela vers la France à bord de son Boeing, deux tonnes de cocaïne avec la complicité de narcotrafiquants colombiens et de truands français. C’est l’affaire qu’avait à juger aujourd’hui le tribunal de Bobigny.

Objet de deux mandats d’arrêt internationaux (français et américain), le prince Nayef al-Shaalan, diplomate proche de l'ancien roi, n’était pas venu jusqu’à Bobigny, où il était représenté par son frère, venu d'Arabie saoudite, et Me Vergès. C’est que le prince, qui clame son innocence, prend l’affaire au sérieux : un tel dossier nuit quelque peu au climat des affaires… et l’oblige à ne pas quitter le territoire saoudien. Sa famille exigeait donc un procès immédiat pour le laver définitivement de tous soupçons. Et comme il n'y a pas de Vergès sans complot et pas de complot sans Vergès, pour la défense, toute l’affaire n’est... qu’un vaste complot de la CIA. Pourquoi Washington en voudrait au prince Al-Shalaan ? «Parce que mon frère, qui a étudié aux Etats-Unis, y a créé une association islamique qui regroupait noirs et arabes, parce qu’il a côtoyé le commandant Massoud en Afghanistan, parce qu’il est francophile et surtout parce qu’il est un ami du président vénézuélien Chavez», clame son frère, dans un Français parfait, devant la salle d’audience.

Et de préciser: «Ma famille et moi sommes les plus grands opposants à l'Amérique en Arabie saoudite parce que nous ne voulons pas nous soumettre.» Pour lui, la justice française fait délibérément traîner l’affaire pour ne pas avoir à admettre que l’ensemble de ce dossier est une supercherie. «J’étais moi-même à bord de cet avion avec mon frère et mes deux filles de 3 et 11 ans. Quel monstre transporterait de la drogue avec ses filles ? De plus, les faits sont incohérents. Nous avons atterri à l'aéroport du Bourget le 16 mai, alors que la drogue serait arrivée le 15. Et comment faire tenir 100 valises de drogues et les passagers dans un si petit avion?» (Son frère et lui utilisent d'habitude un 747 et non un 727...).

Egalement, et étonnamment, présent dans le public, Didier Dubreucq. Lui a de quoi ne pas être content. Accusé d’avoir organisé la réception et la planque de la cocaïne en France, il a été condamné, devant la même chambre du tribunal de Bobigny, en 2003, à huit ans et demi de prison. Soit la principale peine prononcée dans toute cette affaire. Beaucoup plus  que les cerveaux colombiens de ce dossier, qui ont pourtant été arrêtés, ont avoué et ont été jugés à Miami (de 22 à 34 mois de prison en remerciement de leur coopération avec la justice américaine).

Libre, Dubreucq confirme en tous points la version du frère du prince. Et n’hésite pas, devant la presse, à surenchérir sur ce dernier pour prouver l'innocence d'Al-Shaalan. Qu'il dit pouvoir prouver. A tel point que Vergès en fait son «héros». Car pour Dubreucq, «il y a deux innocents dans ce dossier: Al-Shalaan et moi» et là encore, «les Américains sont derrière tout ça».

On ne le saura pas aujourd’hui. L’avocat français d’un des parrains colombiens a demandé le renvoi. Déjà jugé aux Etats-Unis, son client venait, dit-il, d’apprendre que la justice française lui réclamait des comptes et n’aurait désigné son avocat que début octobre. Insuffisant pour préparer sa défense. De plus, les pièces du dossier transmises à l'avocat français depuis les Etats-Unis auraient été volées lors du braquage d'un fourgon DHL... L’affaire est renvoyée au 28 mars.


 

(Si vous ne voyez pas la vidéo, téléchargez-la ici ou téléchargez Quicktime)

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mercredi 29 novembre 2006
Si vous ne connaissez pas l’incroyable histoire du narcocorrido, ces chanteurs populaires mexicains relatant les hauts faits des narcos, ne manquez pas l’article (sur le site de Libé) de mon ami François-Xavier Gomez, grand spécialiste des musiques latines, sur la mort d’« El Gallo de Oro » (le coq d’or), la superstar Valentin Elizalde, 29 ans, abattu de 70 balles vendredi dernier à la sortie d’un concert à Reynosa, à la frontière du Texas.

 

Et si l’histoire vous passionne, François-Xavier vous conseille de vous plonger dans Narcorrido, a journey into the music of drugs, guns and guerrillas, le livre de référence sur le sujet, signé Elijah Wald (ed. Harpercollins)

 

Web Fouine
Référence blog
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Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Mardi 28 novembre 2006
Selon le Dr Maartje de Win, du centre médical de l'Université d'Amsterdam (Pays-Bas), l’ecstasy pourrait endommager le cerveau dès les premières prises et ce même à faible dose. «Nous avons constaté une diminution de la circulation sanguine dans certaines zones du cerveau chez les jeunes adultes qui commençaient à utiliser de l'ecstasy, a-t-il expliqué hier à Chicago. En outre, nous avons observé une diminution relative de la mémoire verbale chez les sujets utilisant de l'ecstasy comparativement à ceux qui n'en ont jamais pris.»
Bien sûr, rien ne dit que cette étude soit à prendre particulièrement au sérieux. Pas plus, en tout cas, que celle, publiée dans Science en 2002, qui avait prétendu que l’ecstasy provoquait des dégâts irréversibles au cerveau dès les premières prises et qui a longtemps servi d’argument scientifique aux anti-ecstasy... alors que les animaux testés l’avaient été avec de la méthamphétamine, incontestablement plus nocive. Ce qu’avaient fini par admettre les auteurs. On se dit aussi que rien ne prouve que les dégâts constatés dans cette nouvelle étude sont particulièrement graves ou irréversibles. Que l’on peut bien perdre deux ou trois neurones après tout. Ou encore que l’on connaît des amis qui consomment occasionnellement et semblent encore loin de Parkinson. Reste qu’après s’être dit tout cela, si l’on est tout à fait honnête, ça fiche un peu la trouille quand même.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Lundi 27 novembre 2006

«Recréer l'interdit social sur la consommation de drogue.» C’est ce qu’a proposé vendredi le ministre de l’Intérieur à trois jeunes du quartier en difficulté Drouot, à Mulhouse (Haut-Rhin), qui l’interpellaient sur la question du cannabis.

Dans la bouche du chef de la police de l’un des pays européens les plus sévères en matière de législation de stupéfiants, l’argument pourrait presque relever de la schizophrénie cannabique. Car la France ne semble pas précisément avoir oublié «l’interdit social» pour les fumeurs de pétard. A la différence de nombre de ses voisins: dans l’Union à 25, seuls cinq pays considèrent la consommation de cannabis comme une infraction pénale (Chypre, la France, la Grèce, la Finlande et la Suède -lire le rapport de l’OEDT). Une législation qui n’est pas sans effets : en France, en 2005, 90905 personnes ont été arrêtées pour usage de cannabis (contre un peu plus de 10 000 pour toutes les autres substances interdites). Résultat de tout ce zèle, comme l’a confirmé le rapport de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) publié la semaine dernière, la France reste, avec l’Espagne et le Royaume-Uni, le pays où l’on consomme le plus de cannabis. En particulier chez les jeunes. Et s’il fallait abandonner définitivement ses certitudes en la matière, ces deux derniers pays sont à l’autre bout de l’échiquier législatif européen par rapport à la France, parmi les plus libéraux. Enfin les Pays-Bas, plus libéraux encore, enregistrent eux des niveaux de consommation nettement moindres…

De là à penser que la législation est sans effet sur les niveaux de consommation, il n'y a qu'un pas. Que Nicolas Sarkozy ferait bien de franchir, alors qu'il défend à l’Assemblée un projet de loi sur la délinquance qui prévoit de sanctionner plus systématiquement (mais aussi plus légèrement, sans pour autant exclure le recours à la prison) les usagers de stupéfiants (lire ci-dessous).

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Dimanche 26 novembre 2006
France Info fait-elle la promotion du cannabis ? C’est en tout cas l’accusation que portait vendredi à son endroit Media-Ratings, «instance indépendante qui évalue la fiabilité des informations diffusées par les médias». Une station de radio publique, contrôlée par le gouvernement, se permettrait-elle de faire la «promotion» d’une drogue ? Voyons de plus près et comportons-nous à notre tour comme une « instance indépendante qui évalue la fiabilité des informations diffusées par »… Media-Ratings.
En cause, un reportage de Franck Cognard du 10 novembre sur l’autoproduction de cannabis, phénomène devenu massif depuis quelques année en France. «France-Info a offert près de quatre minutes de promotion à la culture de cette drogue», accuse en introduction, et tout dans la nuance, le juge des médias.
Suit, dans l’article de Media-Ratings, toute une liste de citations censées prouver la mauvaise foi de Franck Cognard. Prises une par une, ces phrases sont toutes absolument indiscutables («Le matériel, c’est entre 300 et 600 € de mise de fond. Et un cultivateur très méthodique peut obtenir jusqu’à, dit-on, 6 récoltes par an», «Faire pousser son cannabis, c’est possible dans son jardin, c’est possible à la campagne. C’est aussi possible en appartement, en intérieur donc…») mais leur juxtaposition et la sortie de leur contexte vise à montrer, maladroitement, qu'il ya bien promotion subliminale du cannabis. En fait, ce reportage semble bien au contraire très bien documenté et l’un des rares à présenter le phénomène de manière réaliste, sans diabolisation ni encouragement. Il se termine d’ailleurs par un avertissement sur les peines encourues. Alors que reproche-t-on à France Info?
D’abord d’«insinuer» que l’autoproduction peut se faire «en toute impunité». Preuve de l'«insinuation», ce commentaire de Franck Cognard : «Les services de police sont de toute façon plus orientés vers la lutte contre le trafic et le deal de cannabis que vers la lutte contre l’autoculture.» Ce que confirmera n’importe quel policier un peu honnête.
Au final, France Info est coupable d’avoir passé à l’antenne une «incitation à cultiver du cannabis chez soi». C’est en tout cas, selon Media-Ratings «l’impression d’ensemble qu’aura eu n’importe quel auditeur». Voilà donc le fond du problème. «L’impression d’ensemble». Tout, dans ce reportage, est exact, mais l’«impression d’ensemble» ne serait pas la bonne. Pas assez prohibitionniste peut-être ? Le journaliste n’insisterait-il pas assez sur le fait que la drogue, c’est mal ? Et dangereux. «Pour une présentation plus équilibrée du sujet, il aurait été intéressant de rappeler les dangers avérés du cannabis.» Mais faudrait-il, à chaque fois que l’on fait un reportage sur l’automobile, rappeler les milliers de morts sur les routes ? Ou les morts du sida lorsque l’on fait un reportage sur le sexe ? Franck Cognard ne faisait pas son reportage sur les dangers du cannabis (sujet traité à foison, et généralement assez mal, par ses confrères) mais sur un phénomène bien réel quoi qu’on en pense : l’autoproduction de cannabis. Dommage que cette nuance ait échappé à Media-Ratings.
Alors institut de média-critique ou ligue de vertu ? Mon évaluation "indépendante" de leur évaluation : nulle.
Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Vendredi 24 novembre 2006

Nouvelle preuve, s'il en fallait, de l’incroyable efficacité de la prohibition : dans son rapport annuel, l'Office européen des drogues et toxicomanies (OEDT) constatait hier que « l’usage de drogues en Europe n’a jamais été aussi bon marché ». De quoi en ravir plus d'un. A en croire les auteurs, toutes drogues confondues, les prix n’ont jamais été aussi bas et ce dans tous les pays de l’Union. En cinq ans, les « soldes » on atteint, pour l’héroïne et l’ecstasy, près de 50% ! (En données corrigées de l’inflation, précise le rapport).

Une des théories dominantes au sein des milieux prohibitionnistes est que, à défaut de pouvoir un jour venir à bout du trafic, la répression augmente les risques pour les trafiquants. Et fait donc logiquement monter le prix du transport puis des stupéfiants. Ce qui dissuaderait en bout de chaîne certains acheteurs potentiels. Une grande réussite donc.

Au hit parade des pays où il fait bon vivre, le Norvégien paierait le cannabis 12 euros le gramme contre 2,3 pour les Portugais. Trois euros l’ecstasy en Lituanie, jusqu’à 25 en Italie.

Beaucoup moins drôle, mais non moins vrai, « entre 7 000 et 8 000 décès liés à la drogue sont recensés chaque année en Europe (…) Soit 3% de l’ensemble des décès chez les adultes de moins de 40 ans. »

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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