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Lundi 20 novembre 2006 1 20 /11 /2006 16:12
Il a bon dos le Patriarche. En fuite au Belize, Lucien Engelmajer, 87 ans dans une semaine, est poursuivi pour travail illégal et abus de biens sociaux. Le procureur a réclamé mardi dernier cinq ans de prison à son endroit. Egalement accusés, seize autres représentants ou proches du Patriarche, l’association d’Engelmajer, vouée à la « réhabilitation des toxicomanes » et progressivement reconvertie en multinationale sectaire des plus lucratives. Outre Engelmajer et deux de ses proches, également en fuite, un autre absent de marque planait sur ce procès : l’Etat, qui l’a largement subventionné et a, pendant des années, préféré fermer les yeux sur des dérives de plus en plus évidentes, trop content de voir Engelmajer gérer pour lui une population dont les pouvoirs publics ne savaient que faire, les toxicomanes.

Ancien brocanteur, Engelmajer ouvre son premier centre d’accueil en 1972 à La Boère (Haute-Garonne). Au programme : sevrage direct et total, rupture avec le monde extérieur et travail, bénévole, pour l’association (réhabilitation de fermes, brocantes et vente d’un journal, Antitox). La formule fait mouche d’autant plus facilement que la France d’alors refuse de regarder ses « drogués » en face. En l’absence de politique de soins, le Patriarche présente l’immense avantage de prendre en charge ces exclus à moindre frais et sans publicité. L’association accueille de plus quelques fils de bonne famille. Cachez ces toxicos que je ne saurais voir… L’Etat sous-traite la toxicomanie, Engelmajer encaisse et dévient un bienfaiteur pour la République. Comme pour beaucoup de ses pensionnaires. Au faite de sa gloire, l’Organisation internationale Lucien Engelmajer sera présente dans 17 pays, avec plus de 200 centres qui auraient vu passer 100000 pensionnaires. Engelmajer, lui, a troqué son bâton de pèlerin pour une Bentley et évaluera la fortune de l’OILE à plus d’un milliard de francs en 1998.

Pourtant, des critiques s’élèvent depuis longtemps déjà. Dès 1978, des témoignages font état de violences à La Boère. L’Inspection générale des affaires sociales s’intéresse de près à l’association et, en 1985, l’Etat hésite à lui retirer ses subventions. Oui mais que faire de ces toxicomanes toujours plus nombreux si le Patriarche devait fermer ses portes. Les recueillir coûterait beaucoup plus cher à l’Etat et l’obligerait à définir une politique sanitaire claire, volontariste. Silence, donc.

Le paroxysme des relations incestueuses entre le Patriarche et l’Etat semble avoir été atteint sous le gouvernement Balladur. Médecin et conseiller de Pasqua à l’Intérieur pour les questions de toxicomanie, Jean-Paul Séguéla est un élu du Sud-Ouest, un voisin d’Engelmajer. Il devient très vite un ami. Il est aujourd’hui son co-accusé. Le parquet réclame également cinq ans de prison à son encontre. Sous son magistère, l’association aurait encaissé en trois ans  21 millions de francs de subventions du seul ministère de l’Intérieur. Séguéla, lui, aurait encaissé 6 millions de francs de prêts gratuits qu’il ne remboursera jamais. Après sa sortie du ministère de l’Intérieur, il devient secrétaire général de Organisation internationale Lucien Engelmajer et hérite de sa carte de crédit … L’homme dit aujourd’hui qu’il aurait été « vraisemblablement manipulé » victime de « l’autoritarisme amical » d’Engelmajer, qui lui aurait « interdit » de le rembourser.

L’Etat finira par couper les ponts, et les subventions, après le départ de Séguéla à la suite de la publication d’un rapport parlementaire sur les sectes dans lequel l’OILE et son « gourou » figurent en bonne place. Au même moment, les programmes de réduction des risques liés à l’usage de drogues commencent à montrer des résultats tangibles.

Engelmajer ne sert plus personne. Ses dérives deviennent trop voyantes et embarrassent jusqu’à son propre entourage, qui a pourtant longtemps profité de ses largesses. C’est le début de la fin. Il est démis de ses fonctions par ses lieutenants en mars 1998 au cours d’une réunion digne du Parrain, dans sa luxueuse villa de Miami. Les langues se délient : six anciennes pensionnaires déposent plainte pour viols contre Engelmajer.

Aujourd’hui, l’organisation, rebaptisée Dianova, reste présente dans quatorze pays. Pas en France. Dans un rapport récemment remis au ministre français de la Santé, la mission addictions pointe toujours la faiblesse du « dispositif d'hébergement thérapeutique, actuellement très insuffisant en nombre de places et en diversité». Seulement 500 places, quand «tous les pays comparables disposent de capacités au moins dix fois supérieures »…

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Par arnaud aubron - Publié dans : drogues
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Commentaires

Bonjour,
Je suis le fils aîné de Joseph Engelmajer. Je ne suis pas impliqué dans le supposé recel d'abus de biens sociaux.
à prix discount). Ce détail est à la fois insignifiant et significatif de l'art des médias.

 



Une partie de ses proches,a  de tout temps essayé de protéger l'homme et de fait était objectivement hostile à la fondation LJE. Parmi eux, Chantal, Bénédicte, Dominique, Emmanuel, abandonnés sans ressources, après la faillite, bien organisée des Dépôt Lucien.
Spoliés, comme leur mère, n'ayant pratiquement plus de contact avec leur père, ils ont mené une vie misérable. Télé, journaux, hommes politiques de tous bords encensent le nouveau messie de la toxicomanie, qui roule dans le luxe.
Dans le milieu des années 90, il reprend contact avec eux et leur offre des cadeaux dont le montant est ridicule pour un père s'affichant milliardaire. La vente (par des toxicos certes) de dizaines de millions de livres, de revues, de disques dont il est l'auteur et/ou le producteur, justifie apparemment les revenus de JLE.  Encore aujourd’hui vous êtes seuls (la presse marginale) a expliquer l’aveuglement de l’IGAS, de la cour des comptes comme autant de forfaitures de l’État pour cacher les toxicos.

 



Le procureur, infect valet du pouvoir s’est acharné, par exemple sur Emmanuel.


Emmanuel abandonné à l’age de 3 mois par son père a vu s’écouler ses première années dans un appartement prêté par les parents d’un de mis amis Alain Castillon. Nous dormions alors tous les six dans une seule pièce. À quatorze ans son père magnanime lui offre des cours de magie. Le procureur, étrangement complaisant avec les politiques (LE seul politique) présents, y voit la preuve de la corruption de mon jeune frère Emmanuel.


Je suis prêt, non à défendre mon père mais à témoigner de la vérité que vous avez ébauché. Et de vous aider à poursuivre votre démarche de pointer le véritable responsable : l’État…


Ce même État qui est impliqué dans tant de scandales : amiante, sang contaminé et plus ordinairement qui favorise la tuerie routière au bénéfice des patrons d’industrie…


Cordialement


Pascal Engelmajer,
Retraité de l’AFPA

Commentaire n°1 posté par Pascal Engelmajer le 25/11/2006 à 07h37

Bonjour,


dans un de vos articles vous reprenez sans plus d'investigations les accusations portées contre LJ Engelmajer, les associations qu'il avaient créées et certains de ses proches. J'aimerais toutefois attirer votre attention sur quelques données :


. vous dites vous même que les associations ont acceuillis de l'ordre de 100000 pensionnaires. Comment expliquez vous qu'un nombre infimes de ces pensionaires aient porté plainte ?


. on reproche à l'association un aspect sectaire : comment expliquer que les centre n'ont jamais acceuillis plus d'environ 3000 drogués et que plus de 100000 sont passés dans ces centres. Ce "roulement" est-il compatible avec le qualificatif de secte ?


J'aurais bien d'autre point à discuter sur ce dossier que je crois connaitre assez ien si cela vous interesse. Il est regretable que pas un seul organe de presse n'ai enquêté sérieusement sur cette affaire ... Vous avez au moins le mérite de mettre en cause le rôle de l'Etat qui s'est servi de cette organisation tant qu'elle lui était utile.


Dernière question, comment explique-t-on que cette organisation continu à travailler sous son nouveau nom dans de nombreux pays, souvant en collaboration avec les organismes officiels (Belgique, Canada, etc ...). Vous le voyez beaucoup resterait à expliquer !


Cordialement.

Commentaire n°2 posté par bcottazcordier le 07/12/2006 à 21h29

En ce qui concerne les "dérives sectaires" dont je fais état, je me base sur le rapport parlementaire sur les sectes et divers témoignages d'anciens (dont vous semblez être). Pour ma défense, comme vous avez pu le voir dans les commentaires de cet article, l'un des fils d'Engelmajer ne semble pas en désaccord avec ce que je relate de cette affaire.

En ce qui concerne la faiblesse du nombre de plaintes, je ne sache pas que les anciens adeptes de sectes portent fréquemment plainte, préférant peut-être tourner la page. Quant aux familles, elles ont peut-être plus souvent tendance à se faire discrètes dans le cas de proches toxicomanes (tout cela est bien entendu suppositions de ma part).

Je vous accorde que l'important turn-over ne cadre pas vraiment dans le paysage sectaire. Mais l'argent amassé et le travail bénévole si (même si beaucoup des pensionnaires ont probablement bénéficié de cette réhabilitation par le travail).

Enfin, comme vous avez l'amabilité de le signaler, mon propos dans cette affaire était surtout de mettre en lumière le rôle de l'Etat qui a laissé faire durant toutes ces années. Mais je suis bien entendu disposé à poursuivre cet échange.

Réponse de Arnaud Aubron le 07/12/2006 à 21h33
C\\\'est en retrouvant dans mes archives une brochure contre La Boère éditée à Toulouse en 1975, que j\\\'ai eu la curiosité d\\\'aller voir sur le net ce que le Patriarche était devenu, et que je suis tombé sur votre article. Ainsi, malgré des enquêtes montrant clairement dès 1975 le vrai visage d\\\'Engelmayer, l\\\'Etat a continué à le soutenir ! Parce que, sans doute, il était la solution la plus facile au problème de la visibilité des drogués, comme vous le suggérez. merci. 
Commentaire n°3 posté par Martin Rudloff le 03/11/2007 à 23h44
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