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Lundi 4 décembre 2006 1 04 /12 /2006 02:34

Depuis l’intervention américaine en Afghanistan, le scénario était tout trouvé. L’opium finançait les talibans, qui protégeaient Ben Laden. Une appellation, sobre mais efficace, avait même été créée pour le prouver: narcoterrorisme. L’éradication par la force contribuait donc à la guerre mondiale au terrorisme. Seulement voilà, depuis cinq ans et malgré l’obstination occidentale, Etats-Unis en tête, c’est le scénario inverse qui semble se produire et la production atteint des niveaux historiques. «Lancés et financés principalement par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, les projets de suppression accélérée de l’économie de l’opium risquent de compromettre la sécurité alimentaire des producteurs et de déstabiliser les transitions vers une économie de paix», avance ainsi, dans un article paru la semaine dernière dans la revue Etudes, Pierre-Arnaud Chouvy (photo), chercheur au CNRS et l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de la question de l’opium (son site). Pour lui, contrairement aux idées reçues, «c’est une économie de guerre, civile notamment, qui a d’abord alimenté celle de l’opium, et non l’inverse. (…) Seul le retour à la stabilité politique et à la sécurité permettra le développement économique de la paysannerie afghane, dont celle de l’opium qui ne demande rien de mieux que d’en abandonner la production au profit d’une autre, plus rémunératrice, moins risquée et moins laborieuse.» De tout cela, le chercheur conclut qu’il est «permis de penser que l’économie de l’opium n’est qu’un "mal" nécessaire mais temporaire dans un Afghanistan en pleine reconstruction politique et économique».

Des conclusions largement appuyées, en termes plus feutrés, par le récent rapport de la Banque mondiale et de l’ONUDC (Office des Nations unies contre la drogue et le crime) sur «l’Industrie afghane de la drogue»: «Alors que l’industrie de la drogue constitue en elle-même une sérieuse menace envers la reconstruction de l’Etat, des politiques antidrogues mal considérées peuvent s’avérer contreproductives en termes de gouvernance, risquant d’exacerber les difficultés actuelles», écrivent les deux institutions. Selon elles, les récents efforts d’éradication ont eu des «effets secondaires indésirables»: elles ont été vecteur de corruption, leur impact a été ressenti surtout par les plus pauvres et le gouvernement y a perdu de la crédibilité. Le tout pour des résultats plus que mitigés: «Les succès remportés dans une province pour réduire la culture de l’opium se traduisent généralement par une augmentation ailleurs plutôt que par une baisse globale de la production nationale.» Cerise sur le gâteau, «il y a des signes inquiétants d’infiltration de l’industrie de la drogue aux plus hauts niveaux du gouvernement».

Alors que faire ? D’abord rester modeste: «Les attentes sur ce qui peut être accompli dans le court terme doivent rester raisonnables.» Mais surtout «la conception et la mise en pratique des efforts antidrogues doivent intégrer les dommages collatéraux : baisse de revenue pour les pauvres, accès réduit à la terre et au crédit, hausse des dettes liées à l’opium, baisse de la demande globale dans le monde rural et baisse de soutien pour le gouvernement dans ces mêmes zones». Concrètement, pour Alastair McKechnie, directeur de la Banque mondiale en Afghanistan, «les efforts pour décourager les fermiers de planter de l’opium devraient être concentrés dans les localités où la terre, l’eau et l’accès à un marché font que des modes de développement alternatifs sont envisageables. Les programmes de développement ruraux sont nécessaires dans tout le pays. Ils ne doivent pas se concentrer dans les zones de production d’opium afin de prévenir toute extension des cultures».

Des politiques bien loin de la guerre à la drogue qu’entendent aujourd’hui encore livrer les Occidentaux en Afghanistan. Avec le succès que l'on s

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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