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Dimanche 17 décembre 2006 7 17 /12 /2006 12:41

«Décevante», c’est ainsi que John Walters, le tzar antidrogues américain, a qualifié au début du mois l’annonce du doublement des surfaces cultivées de pavot en Afghanistan. Fort d’un tel succès (les capacités de production d’opium sont passées de 185 à 5650 tonnes depuis le début de l’intervention internationale dans le pays), on aurait légitimement pu croire que Washington tenterait de changer son fusil d’épaule.

C’est mal connaître le directeur Walters. La semaine dernière, celui-ci présentait LA nouvelle solution miracle pour l’Afghanistan: l’herbicide Roundup. La technique est déjà bien rôdée: puisque les Afghans refusent de se montrer raisonnables et d’arrêter de cultiver le pavot, l’Amérique va les y forcer. En détruisant des cultures qui sont l’unique source de revenus pour de nombreux paysans. Après les succès phénoménaux rencontrés par cette politique en Amérique latine (où la production de cocaïne est globalement stable depuis six ans mais où les Etats-Unis s’enlisent dans un conflit de plus en plus meurtrier), Washington souhaite désormais l’importer en Afghanistan, où le gouvernement Karzaï y est pourtant invariablement hostile depuis son entrée en fonction. De sérieux doutes persistent en effet sur l’innocuité de ces pratiques pour la santé et l’environnement. L'Equateur se plaint ainsi depuis des années des conséquences sur son sol des fumigations à la frontière colombienne. Mais selon John Walters, il n'y a aucune inquiétude à avoir et Kaboul aurait finalement donné son accord, à condition que l’herbicide ne soit pas largué par avion mais au sol : «Je crois que le président a dit oui et je crois que certains ministres ont répété oui», a hasardé Walters lors d’une conférence de presse.

De l’autre côté de l’échiquier, des voix de plus en plus nombreuses et prestigieuses (Drogues News du 4 décembre) s’élèvent pour réclamer une stratégie alternative de développement à long terme. «Un “plan Afghanistan” sur le modèle colombien serait la pire des solutions, a ainsi récemment déploré le chercheur néerlandais Martin Jelsma , à l’occasion de la sortie d’un rapport pour le Transnational institute, think-tank basé à Amsterdam. L’exemple colombien montre combien une éradication agressive peut entamer un cercle vicieux aux conséquences désastreuses pour les paysans et leur famille comme pour la paix et la stabilisation du pays.» Avant de poursuivre: «Il est illusoire de croire qu’une stratégie appliquée en Afghanistan peut résoudre les problèmes d’addiction à l’héroïne en Europe. Ces problèmes doivent être traités par des politiques adaptées sur les marchés de consommation pas en montant des opérations d’éradication en Afghanistan.» Pour ce grand spécialiste international de la géopolitique des drogues, l’économie de l’opium n’est que la conséquence de vingt ans de guerre, de destruction des infrastructures et de l’économie légale, de déplacement des populations… et ce n’est qu’en s’attaquant à ces problèmes en priorité qu’une baisse durable de la production de pavot peut être atteinte. «Intensifier la guerre à la drogue en Afghanistan aurait uniquement pour effet de nourrir le conflit, conclut Jelsma. A l’inverse, les objectifs de la politique antidrogues devraient se fondre dans l’effort global de paix, de développement et de reconstruction.»

Des propos pas si éloignés de ceux de certains camarades de jeu du directeur Walters. Alors que le Pentagone traîne toujours des pieds pour s'impliquer dans le combat contre le trafic de drogues en Afghanistan, le directeur de la CIA, le général Michael Hayden, a récemment déclaré au Congrès : «C’est un cercle vicieux. La priorité est aujourd’hui la stabilité… Or notre simple présence et le fait de combattre le trafic de drogues nourrissent l’instabilité que nous sommes censés combattre.» De quoi donner mal à la tête à son collègue du gouvernement.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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Commentaires

Merci,pour cet article trés explicite sur la situation en afganistan et l'hypocrisie américaine
Commentaire n°1 posté par pathibulaire le 30/12/2006 à 16h07
Petit traité de propagande


Ou comment un infotainment conditionne à la guerre chimique


Première étape; l'excuse et le faux problème


« «Décevante», c’est ainsi que John Walters, le tzar antidrogues américain, a qualifié au début du mois l’annonce du doublement des surfaces cultivées de pavot en Afghanistan (...)»


Deuxième étape; l'enjeu et la solution


«C’est mal connaître le directeur Walters. La semaine dernière, celui-ci présentait LA nouvelle solution miracle pour l’Afghanistan: l’herbicide Roundup. La technique est déjà bien rôdée: puisque les Afghans refusent de se montrer raisonnables (...) »


Troisième étape; pluralisme politique et liberté d'expression


« De l’autre côté de l’échiquier, des voix de plus en plus nombreuses et prestigieuses (Drogues News du 4 décembre) s’élèvent pour réclamer une stratégie alternative de développement à long terme (...) »


Quatrième étape; on fait monter la pression


«C’est un cercle vicieux. La priorité est aujourd’hui la stabilité… Or notre simple présence et le fait de combattre le trafic de drogues nourrissent instabilité que nous sommes censés combattre.»


Cinquième étape, noyer le poisson


Surtout pas de conclusion ou de synthèse, c'est bien trop délicat et le lecteur a plus qu'assez d'éléments en main pour juger. D'ailleurs l'article s'arrête à la quatrième étape. La 5e c'est le toutes-boîtes,la télé, la radio, le journal, les dvd's qui s'en chargent


«(...) on aurait légitimement pu croire que Washington tenterait de changer son fusil d’épaule. »


On ne soulignera pas que la décision de toute façon, elle est prise, et par ce cher Walters-qu'il-vaut-mieux-connaître s'il vous plaît. Les voix qui s'élèvent se dissiperont comme elles sont venues... sans faire de vagues


Conclusion


Comment ne pas s'insurger quand on applique la « miraculeuse »solution finale aux afghans, leurs plantes et leur unique moyen de subsistance, leur terre.


Ils seront « génocidés » jusqu'à la 4e génération avec le roundup ces pauvres paysans. La puissance américaine est en déclin... Ils ont déjà fait beaucoup mieux!


Les croisés tuent par milliers et vous parlez de « Tsar » et noyez le lecteur. Enfin vous n'avez pas tort de le couronner Tzar; c'est son avis qu'on écoute, aussi horrible soit-il, pas celui des autres.


C'est incroyable la facilité avec laquelle on recueille les bourreaux en temps de guerre. Il n'y a même pas besoin de les payer. Cela me surprendra toujours


La seule information digne de ce nom que j'ai trouvé dans le présent article est un tuyau économique. Monsanto fera du profit pour quelques temps. Investissez chers amis.


Merci Monsieur Arnaud Aubron, rédacteur en chef adjoint à Libération et disciple de Sartre


Le pluralisme est roi!




Ganesh
Commentaire n°2 posté par GANESH le 30/12/2006 à 18h28
Je terminerais donc l'année 2006 sur une première, accusé de faire de la propagande pro-américaine. Pourquoi pas? Reste que je ne sais trop quoi répondre à tout cela, si ce n'est en m'estimant flatté que vous accordiez tant d'importance à ma prose pour y consacrer une si longue explication de texte.
Sur le fond, que dire ? Que cet artice n'entendait pas une seconde défendre la fumigation imposée par l'Amérique, mais je pense sincèrement qu'à part vous, tout le monde l'avait compris (sur les forums ou les mails où j'ai pu en discuter tel est le cas, comme le prouve le commentaire précédent, dont l'auteur n'est pas ma mère je le jure). Si vous êtes sincère et que vous avez réellement pensé que je défendais le Tzar (c'est ainsi que les Américains l'appellent, désolé) Walters, alors je ferais un effort la prochaine fois pour être plus clair, mais soyez en tous cas sûr que nous partageons le même point de vue sur cette question, même si je suis probablement moins outrancier.
Reste un petit détail qui me laisse penser que c'est moins avec ce que j'écris que vous avez un problème qu'avec moi ou avec le journal pour lequel je travaille le reste du temps (Libé n'est pour rien dans ce blog, il a assez de problèmes comme ça). En effet, c'est le troisième commentaire que vous postez ici et voici le résumé des épisodes précédents :


A propos d’une brève sur les îles Cook (pseudo Xavier) :

 « C'est ça qui passe à Libé?

Youpie!!

Un grand journal de qualité...

Merci

A propos de la Chine  (pseudo Xavier):

 

Hahaha vous ne manquez pas d'humour Monsieur Arnaud Aubron.
La désinformation et autres raccourcis trompeurs de votre blog, vous les confirmez personnellement?


Et à propos aujourd’hui de l’Afghanistan (pseudo Ganesh mais même mail)

 

Petit traité de propagande. Ou comment un infotainment conditionne à la guerre chimique.

Merci Monsieur Arnaud Aubron, rédacteur en chef adjoint à Libération et disciple de Sartre. Le pluralisme est roi!




Libé vous aurait-il mail traité ? Si c'est le cas je m'en excuse et m'engage à en discuter peut-être plus sereinement avec vous.

J'espère en tous cas vous compter encore parmi mes lecteurs fidèles l'année prochaine. Bonne année tout de même...
Réponse de Arnaud Aubron le 31/12/2006 à 19h32







Concernant les différents messages et signatures.

Je les aurais bien tous signé de mon vrai nom Xavier (Coppens). Je n'aime guère que l'on se cache derrière le soit disant anonymat d'Internet.
Mais j'ai rencontré des problèmes pour envoyer ce message et je l'ai publié en premier lieu ailleurs.
Ceci explique cela.

"Libé n'est pour rien dans ce blog"

Je suis arrivé via un article qui me semblait venir de Libé. La brève sur les îles Cook était le premier "article" que j'ai lu. Je n'ai plus fait de confusion de genre, n'en faisons plus. Le blog n'est pas libé et vice versa

"Je terminerais donc l'année 2006 sur une première, accusé de faire de la propagande pro-américaine"

Vous êtes décidément adepte du raccourci simplificateur. Pourquoi pro-américain?

Il y a des Français, des Néerlandais, des Polonais, des Allemands et bien d'autres qui se chargeront bien de les asperger.

" Si vous êtes sincère et que vous avez réellement pensé que je défendais le Tzar"

Je sais bien que vous êtes contre, TOUT le monde est contre. De toute façon, vous devez bien avoir un ami afghan et un autre américain, preuve ultime que tout ce petit monde peut vivre en paix.

Mon avis est simplement qu'avec un niveau pareil on conditionne les gens aux massacres chimiques. On prépare l'opinion aux futurs mauvaises nouvelles, aux futurs résultats foireux et autres contre performances.


Faire de la moitié de l'article un porte voix pour "LA nouvelle solution miracle pour l’Afghanistan" me semble d'un intérêt douteux,

Un mot me dérange particulièrement; "nouvelle". C'est vraiment induire le lecteur en erreur. Si vous n'êtes pas d'accord, pourquoi ne montrez-vous tout simplement pas la Réalité?
Cette solution est appliqué depuis des décennies avec les résultats que finalement nous faisons mine d'ignorer. Le message n'est visiblement pas passé.

Combien de femmes, d'enfants et d'insurgés devront encore mourir sous les produits chimiques qui sortent aussi bien des usines américaines qu'européennes?

Pourquoi donner une tribune au bourreau et laisser crever les victimes en silence?



Commentaire n°3 posté par Xavier le 01/01/2007 à 14h50
"Cette solution est appliqué depuis des décennies avec les résultats que finalement nous faisons mine d'ignorer. Le message n'est visiblement pas passé."

Si vous lisez bien, je parle des résultats plus que mitigés en Colombie :

"
Après les succès phénoménaux rencontrés par cette politique en Amérique latine (où la production de cocaïne est globalement stable depuis six ans mais où les Etats-Unis s’enlisent dans un conflit de plus en plus meurtrier), Washington souhaite désormais l’importer en Afghanistan,"



"Combien de femmes, d'enfants et d'insurgés devront encore mourir sous les produits chimiques qui sortent aussi bien des usines américaines qu'européennes?

Pourquoi donner une tribune au bourreau et laisser crever les victimes en silence?"

Je ne crois pas ignorer ce point. L'article dit:

"De sérieux doutes persistent en effet sur l’innocuité de ces pratiques pour la santé et l’environnement. L'Equateur se plaint ainsi depuis des années des conséquences sur son sol des fumigations à la frontière colombienne. Mais selon John Walters, il n'y a aucune inquiétude à avoir et Kaboul"

Je ne vois pas en quoi je donne ici la parole aux "bourreaux" et non pas aux victimes. Mais nous ne devons décidément avoir du mal à nous comprendre. J'en suis désolé.

Réponse de Arnaud Aubron le 01/01/2007 à 15h24







« Si vous lisez bien, je parle des résultats plus que mitigés en Colombie : »




Ne vous inquiétez pas pour ça, j'ai les yeux en face des trous. Je vous comprend très bien.




« Je ne vois pas en quoi je donne ici la parole aux "bourreaux" et non pas aux victimes »




Quelles sont donc les paroles des victimes? Je ne les distingue pas.




Voyez-vous un témoignage d'un paysan afghan ou d'un cocalero andin?




C'est pourtant eux les acteurs de terrain.




Le texte que j'ai publié sous le pseudo de ganesh a entre autre produit ceci comme réaction.




« Je ne connaissait pas ces pratiques qui ne sont apparemment pas nouvelles. Mais je dois dire que ça fait froid dans le dos!!!!!! »




Comme je disais plus haut, le message n'est pas passé. Les gens n'ont pas encore réalisé ce que la « war on drugs » implique au quotidien à l'Autre. Peuples massacrés, rivières, points d'eau et terres pollués durablement.




On nous berce avec des euphémismes, et le sens critique disparaît au jour le jour.




Dans le 2 phrases que vous citez "Après les succès phénoménaux rencontrés par cette politique en Amérique latine (où la production de cocaïne est globalement stable depuis six ans mais où les Etats-Unis s’enlisent dans un conflit de plus en plus meurtrier), Washington souhaite désormais l’importer en Afghanistan,"

"De sérieux doutes persistent en effet sur l’innocuité de ces pratiques pour la santé et l’environnement. L'Equateur se plaint ainsi depuis des années des conséquences sur son sol des fumigations à la frontière colombienne. Mais selon John Walters, il n'y a aucune inquiétude à avoir et Kaboul"




Vous défendez généreusement les victimes mais qualifiez en même temps cette politique comme ayant « rencontrés des succès phénoménaux » De même que vous terminez la seconde phrase par un très solennel «  Mais selon John Walters, il n'y a aucune inquiétude à avoir »




De quoi être rassuré en effet.




Une chose m'a beaucoup intrigué dans votre article, quand vous dites « Alors que le Pentagone traîne toujours des pieds pour s'impliquer dans le combat contre le trafic de drogues en Afghanistan (...) »




Pourquoi?




Si vous êtes partant, on pourrait organiser une bourse via Internet pour vous payer un ticket pour l'Afganistan. Cela justifierais le lien Hazy que vous avez placé sur la bannière ;) Alors partant?




Si on récolte trop peu de fonds, on pourrait peut-être sponsoriser un reportage dans les champs de pavot français. C'est un gros business de professionnels que vous avez là en France. Pourquoi les Afghans ne pourraient-ils pas faire pareil? Et produire des médicaments?




Soit dit en passant, je vous trouve très clair comme bloggueur, vous livrez quand même l'enjeu et la solution à ce problème crucial dans votre article.

Commentaire n°4 posté par Xavier le 01/01/2007 à 17h59
"Si vous êtes partant, on pourrait organiser une bourse via Internet pour vous payer un ticket pour l'Afganistan. Cela justifierais le lien Hazy que vous avez placé sur la bannière ;) Alors partant?"

Alors là, c'est ce que l'on appelle sortir d'un différend par le haut... Bon et bien il ne me reste plus qu'à préparer mes valises et à  me  préparer à acheter un billet pour Kaboul grâce à l'argent du "journalisthon" pour aider les journalistes aveugles. ;-)

Je savais que l'on trouverait un terrain d'entente.
Réponse de Arnaud Aubron le 01/01/2007 à 19h42
Hahaha vous ne manquez pas d'humour chez les "journalistes aveugles" comme vous les nommez. C'est appréciable.

On les reconnait souvent à une chose simple les journalistes aveugles;  Lorsque l'on parle de chose sérieuse , "
nous ne devons décidément avoir du mal à nous comprendre" mais lorsqu'il y a un petit cadeau à gagner "Je savais que l'on trouverait un terrain d'entente".

Hahaha moi aussi j'aime bien rigoler.

Dès demain je m' attellerai donc à l'organisation d'un  journalisthon. On ne sait jamais ce qui peut se passer sur Internet. Et je suis sûr que comme moi, plus d'une personne préfèrera voir le
rédacteur en chef adjoint à Libération parti en Afghanistan avec un "one-way-ticket" que derrière son bureau parisien

Sur ce je vous souhaite une excellente année 2007 et qui sait nous serons peut-être amenés à nous revoir.

Cordialement

Xavier Coppens
Commentaire n°5 posté par Xavier le 01/01/2007 à 21h31
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