« La guerre à la drogue ne peut pas être gagnée parce que c’est une guerre contre la nature humaine. » (Sir Keith Morris, ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Colombie)
«Décevante», c’est ainsi que John Walters, le tzar antidrogues américain, a qualifié au début du mois l’annonce du doublement des surfaces cultivées de pavot en Afghanistan. Fort d’un tel succès (les capacités de production d’opium sont passées de 185 à 5650 tonnes depuis le début de l’intervention internationale dans le pays), on aurait légitimement pu croire que Washington tenterait de changer son fusil d’épaule.
C’est mal connaître le directeur Walters. La semaine dernière, celui-ci présentait LA nouvelle solution miracle pour l’Afghanistan: l’herbicide Roundup. La technique est déjà bien rôdée: puisque les Afghans refusent de se montrer raisonnables et d’arrêter de cultiver le pavot, l’Amérique va les y forcer. En détruisant des cultures qui sont l’unique source de revenus pour de nombreux paysans. Après les succès phénoménaux rencontrés par cette politique en Amérique latine (où la production de cocaïne est globalement stable depuis six ans mais où les Etats-Unis s’enlisent dans un conflit de plus en plus meurtrier), Washington souhaite désormais l’importer en Afghanistan, où le gouvernement Karzaï y est pourtant invariablement hostile depuis son entrée en fonction. De sérieux doutes persistent en effet sur l’innocuité de ces pratiques pour la santé et l’environnement. L'Equateur se plaint ainsi depuis des années des conséquences sur son sol des fumigations à la frontière colombienne. Mais selon John Walters, il n'y a aucune inquiétude à avoir et Kaboul aurait finalement donné son accord, à condition que l’herbicide ne soit pas largué par avion mais au sol : «Je crois que le président a dit oui et je crois que certains ministres ont répété oui», a hasardé Walters lors d’une conférence de presse.
De l’autre côté de l’échiquier, des voix de plus en plus nombreuses et prestigieuses (Drogues News du 4 décembre) s’élèvent pour réclamer une stratégie alternative de développement à long terme. «Un “plan Afghanistan” sur le modèle colombien serait la pire des solutions, a ainsi récemment déploré le chercheur néerlandais
Des propos pas si éloignés de ceux de certains camarades de jeu du directeur Walters. Alors que le Pentagone traîne toujours des pieds pour s'impliquer dans le combat contre le trafic de drogues en Afghanistan, le directeur de la CIA, le général Michael Hayden, a récemment déclaré au Congrès : «C’est un cercle vicieux. La priorité est aujourd’hui la stabilité… Or notre simple présence et le fait de combattre le trafic de drogues nourrissent l’instabilité que nous sommes censés combattre.» De quoi donner mal à la tête à son collègue du gouvernement.
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