Jeudi 28 décembre 2006
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La Chine serait-elle en train de gagner sa quatrième guerre de l’opium? C’est en tout cas ce que clament haut et fort les autorités depuis un mois, faisant preuve d’un optimisme qui laisse pour le moins sceptique. Mardi, le directeur adjoint du Bureau antinarcotiques du ministère de la Sécurité publique, Liu Yuejin, a ainsi affirmé en présentant le bilan de la répression en 2006: «Nous avons obtenu un grand succès dans la lutte contre les crimes liés à la drogue cette année (…). Grâce à des mesures de répression, le trafic d’héroïne a été maîtrisé et le prix de l’héroïne a connu une hausse brutale en Chine» (fréquentant personnellement peu d’héroïnomanes chinois, je ne suis pas en mesure de confirmer cette information).
Le mois dernier déjà, le nombre de toxicomanes avait été officiellement revu à la baisse: de 785000 fin 2005 à 720400 (l’ONU en recensait de son côté 1,6 million en 2004, ce qui laisse augurer de la précision de ces statistiques!). Des résultats immédiatement attribués au succès de la politique de soins obligatoires et de lutte accrue contre le trafic (notamment contre les précurseurs chimiques) adoptée en novembre 2005.
Mais aussi à un certain changement de philosophie de Pékin, récemment converti à la réduction des risques. Le gouvernement ouvert, depuis 2005, 300 cliniques méthadone et annoncé la création d’autant de centres d’échanges de seringues. Deux domaines dans lesquels la Chine se montre donc aujourd’hui plus progressiste que les Etats-Unis... qui ne sont pas une référence en la matière.
Voilà pour le côté Ying. Côte Yang, la Chine fait face à une explosion extrêmement inquiétante du sida: +30% de séropositifs cette année, dont près de la moitié seraient toxicomanes. De quoi sérieusement relativiser le satisfecit officiel en matière de prise en charge de cette population que beaucoup d'observateurs ont du mal à estimer déclinante.
De plus, comme d’autres pays d’Asie, la Chine connaît un problème croissant avec les méthamphétamines, dont elle est un des principaux producteurs avec le Myanmar voisin. La «guerre populaire à la drogue» lancée l’année dernière avait ainsi révélé l’ampleur de la consommation de cette drogue -mais aussi d’ecstasy et de kétamine (1)- chez les actifs urbains.
Dernier point noir au tableau: la brutalité avec laquelle Pékin mène son combat contre le narcotrafic. Chaque année, les autorités «fêtent» la journée mondiale contre la drogue des Nations unies (26 juin) par des exécutions de trafiquants à travers tout le pays (27 en 2006).
Le géographe Pierre-Arnaud Chouvy me rappelait récemment que la seule éradication du pavot à marche forcée réussie dans l’histoire était celle qu’avait menée Mao dans les années 50. Mais à quel prix?
(1) Le directeur Liu rapportait l’année dernière au China Daily que les 500 invités d’un mariage chic de Shangaï s’étaient vus offrir de la Kétamine.
Par Arnaud Aubron
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Publié dans : drogues
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