« La guerre à la drogue ne peut pas être gagnée parce que c’est une guerre contre la nature humaine. » (Sir Keith Morris, ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Colombie)
Dès la gare du Nord, vendredi matin, le ton est donné. Sur le quai du Thalys, une équipe des douanes fouille à corps des jeunes de retour des Pays-Bas. Suspects, forcément suspects. A bord, une Congolaise autobaptisée Jackie Brown, cachée derrière un Stetson et des santiagues en croco, Christ ostensiblement crucifié autour du cou, nous propose de «faire une pause dans [son] appartement à deux pas de la gare d'Anvers» pour nous faire goûter... tout un tas de choses.
Cette invitation déclinée, arrivée à Amsterdam. Au cas où l'on aurait encore douté que cette ville a un quelque chose de fou, sur la place du Dam,une bête de foire amuse les passants en se débarassant de sa camisole de force. Cap sur le bien-nommé Rai, en banlieue, où se tient cette année la dixième cannabis cup organisée par le magasine Highlife.
Ici, on dit que Dieu a créé toute la terre sauf la Hollande. Car la Hollande, ce sont les Hollandais qui l'ont créée en l'arrachant à la mer. Et parmi les Hollandais, Boy Ramsahai a créé Highlife. Ancien VRP, ce trentenaire millionnaire a bâti un empire autour d'une idée simple: créer un gratuit dédié au cannabis dans lequel passer toute la publicité que toute la presse «sérieuse» refuse. Il édite aujourd'hui ses magazines dans toute l'Europe et vient d'ouvrir un magasin de graines en plein coeur d'Amsterdam. Les graines sont produites par une autre de ses sociétés. Ce salon du cannabis est une manière pour lui de remercier ses annonceurs en leur faisant rencontrer de potentiels clients. La cannabis cup, le vote pour l'herbe de l'année, c'est la cerise sur le space cake, comme les concerts de reggae et de rap, ainsi que l'élection de miss cofee shops (voir la galerie de photos).
Les clients, ce sont avant tous les fumeurs. Un extraterrestre débarqué ici jurerait qu'à l'instar du lapin, l'être humain a l'oeil rouge, la pupille dilatée et que le genre masculin est surprésenté en son sein. Mais outre ces petites bandes de touristes français, italiens ou allemands goguenards venus s'encanailler dans ce Disneyland de la défonce, l'assistance compte également de nombreux professionnels (propriétaires de coffee shops, de growshops de boutiques de gadgets...) Et si vous doutez que tout cela soit très sérieux, ne vous y trompez pas. L'ensemble du chiffre d'affaire de la filière marijuana (revenus du tourisme, exportation du matériel de culture, taxes générées) représenterait jusqu'à 1 ou 2% du PIB national. Et plus la fillière prospère, plus Boy s'enrichit.
Forcément, l'ambiance s'en ressent. Ici le commerce est roi, l'argent partout. Loin, très loin du trip hippie des débuts. Nombre d'exposants n'ont d'ailleurs rien à voir avec le cannabis. Marchands de compteurs électriques, de caisses enregistreuses, de compteurs de billets, de systèmes d'extraction d'air... ou de hotdogs, car, premier commandement, le fumeur a faim. Tout ce petit monde se greffe donc sur cette industrie où l'argent coule à flot. Les paillettes et les filles court vêtues avec. Effort de sobriété toutefois: en 2004, à Utrecht, les filles en string dansaient sur les bidons d'engrais, le disputant aux pieds de marijuana triomphant sous leurs néons. Cette fois, si tout le monde fume à découvert, la juppe t-shirt a remplacé le string topless et on installe des pieds de tomate pour les besoins de la démonstration. Paradoxes du régime de semi-prohibition néerlandais.
La nuit amsterdamoise m'appelle... La suite demain.
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