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Mardi 27 février 2007 2 27 /02 /2007 10:33

A l’origine était la graine. Ou plutôt l’absence de graine. C'est ainsi que, dans les années 70, de jeunes Californiens férus de marijuana et de botanique mettent au point la sinsemilla (littéralement «sans graine») en croisant des espèces d’herbe ramenées d’Orient (indica) avec les herbes mexicaines et colombiennes (sativa) qui constituaient leur ordinaire -la Haze, que beaucoup considèrent, non sans raison, comme la Rolls de l’herbe, est ainsi un mélange de thaï et de colombienne. Ces jeunes gens sont alors loin de se douter que leur invention révolutionnera le marché mondial de l’herbe, déclenchant ce que l’économiste néerlandais Adrian Jansen appelle «l’avalanche verte» des années 90.

Le principe est simple. Un pied femelle de cannabis qu’on empêche de produire des graines développe beaucoup plus de fleurs et donc de résine, riche en THC, l'élément psychoactif. Autre avantage: les pieds de sinsemilla sont beaucoup plus faciles à cultiver pour les néophytes. Enfin, puisque ces pieds ne produisent pas de graines, il faut bouturer (ce qui est compliqué) ou racheter ces dernières à des professionnels. Jusqu’à dix euros l’unité.

Chassés des Etats-Unis par la guerre totale à la drogue de Reagan, ces géniaux inventeurs, comme Ed Rosenthal, trouvent refuge aux Pays-Bas avec, dans leur valise, un patrimoine génétique exceptionnel. Sur place, la consommation de cannabis est en effet tolérée depuis 1976 et les techniques d’horticulture intensive surdéveloppées depuis toujours. De ce mariage de la recherche et du commerce naitra, en 1985, la fameuse skunk («l’herbe qui pue», en néerlandais), sinsemilla cultivée en intérieur. Alliés à d’audacieux entrepreneurs néerlandais comme Ben Dronkers (fondateur de la Sensi Seed Bank), cette filière américaine va continuer à faire évoluer le marché de l’herbe. La skunk et ses dérivés sont désormais les plus consommés dans les pays occidentaux et ce marché représente des millions de dollars.

Aujourd’hui encore, les liens cannabiques transatlantiques restent assez forts. Chaque année, le magazine spécialisé américain High Times organise à Amsterdam une Cannabis cup qui attire des milliers de touristes californiens ou new-yorkais venus élire l’herbe de l’année. De même, de jeunes botanistes continuent à faire le voyage retour du Mayflower pour développer leur art en toute liberté.

C’est le cas de Don et Aron, la trentaine, originaires de «Hollyweed», Californie, et venus à Amsterdam il y a quatre ans pour «fuir» l’Amérique: «Nous aimons les Américains, mais nous détestons l’Amérique et son gouvernement. Et comme on ne lutte pas contre le gouvernement pas les armes, nous avons choisi de nous exiler.» Dignes héritiers de leurs glorieux ancêtres, Don et Aron ont ouvert ici il y a trois ans une société baptisée DNA Genetics (sur Myspace), qui met au point des espèces de marijuana pour en vendre les graines. Vendredi, ils participaient pour la première fois à la Highlife cannabis cup: «On est venu l’année dernière pour voir et on s’est dit: "Merde, notre herbe est meilleure que la leur."» Résultat, deux prix : leur D-line (ou chococolope) a remporté le deuxième prix de la catégorie hydro (en culture hydroponique, hors-sol), tandis que leur Lemon skunk a empoché le deuxième prix de la catégorie «extérieur». Des prix qui viennent s’ajouter à ceux remportés lors de la High Times Cannabis cup. Alors comment se porte le business? «Amsterdam est une bonne base pour faire du commerce avec le monde entier… Sauf avec les Etats-Unis, parce que c’est interdit là-bas… Comme en France… Même si, en fait, on a déjà vu sur des forums des Français qui faisaient pousser de nos pieds.»

Enfin pour ceux qui voudraient goûter les produits de DNA genetics, une seule adresse : le Grey Area au n°2 de Oude Leliestraat (plan). Petite précision, le coffeeshop est tenu par… des Américains.

Par Arnaud Aubron - Publié dans : drogues
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