« La guerre à la drogue ne peut pas être gagnée parce que c’est une guerre contre la nature humaine. » (Sir Keith Morris, ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Colombie)
Ancien brocanteur, Engelmajer ouvre son premier centre d’accueil en 1972 à La Boère (Haute-Garonne). Au programme : sevrage direct et total, rupture avec le monde extérieur et travail, bénévole, pour l’association (réhabilitation de fermes, brocantes et vente d’un journal, Antitox). La formule fait mouche d’autant plus facilement que la France d’alors refuse de regarder ses « drogués » en face. En l’absence de politique de soins, le Patriarche présente l’immense avantage de prendre en charge ces exclus à moindre frais et sans publicité. L’association accueille de plus quelques fils de bonne famille. Cachez ces toxicos que je ne saurais voir… L’Etat sous-traite la toxicomanie, Engelmajer encaisse et dévient un bienfaiteur pour
Pourtant, des critiques s’élèvent depuis longtemps déjà. Dès 1978, des témoignages font état de violences à
Le paroxysme des relations incestueuses entre le Patriarche et l’Etat semble avoir été atteint sous le gouvernement Balladur. Médecin et conseiller de Pasqua à l’Intérieur pour les questions de toxicomanie, Jean-Paul Séguéla est un élu du Sud-Ouest, un voisin d’Engelmajer. Il devient très vite un ami. Il est aujourd’hui son co-accusé. Le parquet réclame également cinq ans de prison à son encontre. Sous son magistère, l’association aurait encaissé en trois ans 21 millions de francs de subventions du seul ministère de l’Intérieur. Séguéla, lui, aurait encaissé 6 millions de francs de prêts gratuits qu’il ne remboursera jamais. Après sa sortie du ministère de l’Intérieur, il devient secrétaire général de Organisation internationale Lucien Engelmajer et hérite de sa carte de crédit … L’homme dit aujourd’hui qu’il aurait été « vraisemblablement manipulé » victime de « l’autoritarisme amical » d’Engelmajer, qui lui aurait « interdit » de le rembourser.
L’Etat finira par couper les ponts, et les subventions, après le départ de Séguéla à la suite de la publication d’un rapport parlementaire sur les sectes dans lequel l’OILE et son « gourou » figurent en bonne place. Au même moment, les programmes de réduction des risques liés à l’usage de drogues commencent à montrer des résultats tangibles.
Engelmajer ne sert plus personne. Ses dérives deviennent trop voyantes et embarrassent jusqu’à son propre entourage, qui a pourtant longtemps profité de ses largesses. C’est le début de
Aujourd’hui, l’organisation, rebaptisée Dianova, reste présente dans quatorze pays. Pas en France. Dans un rapport récemment remis au ministre français de la Santé, la mission addictions pointe toujours la faiblesse du « dispositif d'hébergement thérapeutique, actuellement très insuffisant en nombre de places et en diversité». Seulement 500 places, quand «tous les pays comparables disposent de capacités au moins dix fois supérieures »…
Un chiffre frappant. En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon, selon une enquête révélée par la ministre de la Cohésion sociale, Catherine Vautrin. En France, en 2004, une personne est morte tous les cinq jours d’overdose de drogues, selon l’Office français des drogues et des toxicomanies (69 décès, dont 23 héroïnomanes et 14 cocaïnomanes).
Alors à quand, l’armée mise à contribution pour lutter contre les maris violents ? L’utilisation de satellites, d’informateurs, d’écoutes téléphoniques ? A quand la création de trois organes de l’ONU chargés du dossier des femmes victimes ? A quand un sommet des Nations unies réunissant les chefs d’Etat de la planète à leur chevet ? Ces moyens ne sont pourtant qu’une infime partie de l’arsenal déployé par la France et la plupart des autres pays du monde pour lutter conte la consommation de stupéfiants. Pourtant, à en croire le gouvernement, les drogues illicites tuent presque deux fois moins de personnes que les maris violents… Les « drogués », eux, ne font pour l’essentiel de mal qu’à eux-mêmes. Tout est question de priorité…
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Et un petit coup pour les drogues au passage. Ca ne fait jamais de mal et ça flatte toujours l’électeur. Après s’être fait, il y a trois ans, retoquer son projet de modification de la loi de 1970, Nicolas Sarkozy tente de réprimer par la fenêtre, en glissant dans son projet de loi contre la délinquance un chapitre sur les stupéfiants. Une réforme de la loi qui passe quasi inaperçue, nichée dans un texte fourre-tout, mais toujours dans la même veine : « Nous choisissons d'être moins durs en théorie pour être enfin efficaces en pratique » (discours devant l’Assemblée, mardi. Traduction du Circ (Collectif d’information et de recherches cannabique) : « La tolérance zéro pour les usagers de drogues illicites est en marche. »
Car qu’y avait-il donc de si urgent, pour lutter contre la délinquance, à toucher à la loi de 1970 ? Pourquoi pas un débat plus serein et un projet exclusivement consacré à cette question ? Et que changent réellement ces sept nouveaux articles ?
Une bonne partie du texte concerne la généralisation de l’injonction thérapeutique. Rien de grave, si ce n’est que la plupart des intervenants ne croient pas en l’efficacité de soins non désirés. Qui plus est pour les usagers de cannabis, qui constituent pourtant l’essentiel des bataillons d’arrestations annuelles d’usagers (voir les statistiques de l'OFDT).
Pour les usagers toujours, l’introduction de la composition pénale pour les mineurs, ou la procédure de l'ordonnance pénale pour les majeurs. Soit une procédure accélérée qui exclut la prison au profit d'amendes ou de peines alternatives. Reste que le procès, et un an de prison, pour de simples consommateurs seront toujours envisageables.
Parmi les peines alternatives inaugurées dans cette nouvelle panoplie anti-« drogués », des « stages de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants. »
Dans les entreprises de transports publics, des dépistages de stupéfiants pourront être administrés aux salariés « s’il existe à leur encontre une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’ils ont fait usage de stupéfiants » (de quoi ravir les fabricants de tests). En cas de refus du dépistage, deux ans de prison.
Pour ces salariés (ou mêmes de marchandises ou toute autre personne dépositaire d’une mission de service public), cinq ans de prison en cas de consommation de stupéfiants au travail (contre un an aujourd’hui, « comme tout le monde », si l’on ose dire). Voilà donc le sort des policiers, infirmières ou électriciens-gaziers, traité au sein d’un projet de loi censé combattre
Subtilité enfin : inciter un mineur à transporter des stupéfiants devant la sécu à 16h00 peut désormais coûter dix ans de prison, contre sept passés 17 heures, puisque les « locaux administratifs » sont alors fermés…
Tremblez petits dealers de cité, la nouvelle loi est bientôt là.
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Nouvelle preuve, s'il en fallait, de l’incroyable efficacité de la prohibition : dans son rapport annuel, l'Office européen des drogues et toxicomanies (OEDT) constatait hier que « l’usage de drogues en Europe n’a jamais été aussi bon marché ». De quoi en ravir plus d'un. A en croire les auteurs, toutes drogues confondues, les prix n’ont jamais été aussi bas et ce dans tous les pays de l’Union. En cinq ans, les « soldes » on atteint, pour l’héroïne et l’ecstasy, près de 50% ! (En données corrigées de l’inflation, précise le rapport).
Une des théories dominantes au sein des milieux prohibitionnistes est que, à défaut de pouvoir un jour venir à bout du trafic, la répression augmente les risques pour les trafiquants. Et fait donc logiquement monter le prix du transport puis des stupéfiants. Ce qui dissuaderait en bout de chaîne certains acheteurs potentiels. Une grande réussite donc.
Au hit parade des pays où il fait bon vivre, le Norvégien paierait le cannabis 12 euros le gramme contre 2,3 pour les Portugais. Trois euros l’ecstasy en Lituanie, jusqu’à 25 en Italie.
Beaucoup moins drôle, mais non moins vrai, « entre 7 000 et 8 000 décès liés à la drogue sont recensés chaque année en Europe (…) Soit 3% de l’ensemble des décès chez les adultes de moins de 40 ans. »
«Recréer l'interdit social sur la consommation de drogue.» C’est ce qu’a proposé vendredi le ministre de l’Intérieur à trois jeunes du quartier en difficulté Drouot, à Mulhouse (Haut-Rhin), qui l’interpellaient sur la question du cannabis.
Dans la bouche du chef de la police de l’un des pays européens les plus sévères en matière de législation de stupéfiants, l’argument pourrait presque relever de la schizophrénie cannabique. Car la France ne semble pas précisément avoir oublié «l’interdit social» pour les fumeurs de pétard. A la différence de nombre de ses voisins: dans l’Union à 25, seuls cinq pays considèrent la consommation de cannabis comme une infraction pénale (Chypre, la France, la Grèce, la Finlande et la Suède -lire le rapport de l’OEDT). Une législation qui n’est pas sans effets : en France, en 2005, 90905 personnes ont été arrêtées pour usage de cannabis (contre un peu plus de 10 000 pour toutes les autres substances interdites). Résultat de tout ce zèle, comme l’a confirmé le rapport de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) publié la semaine dernière, la France reste, avec l’Espagne et le Royaume-Uni, le pays où l’on consomme le plus de cannabis. En particulier chez les jeunes. Et s’il fallait abandonner définitivement ses certitudes en la matière, ces deux derniers pays sont à l’autre bout de l’échiquier législatif européen par rapport à la France, parmi les plus libéraux. Enfin les Pays-Bas, plus libéraux encore, enregistrent eux des niveaux de consommation nettement moindres…
De là à penser que la législation est sans effet sur les niveaux de consommation, il n'y a qu'un pas. Que Nicolas Sarkozy ferait bien de franchir, alors qu'il défend à l’Assemblée un projet de loi sur la délinquance qui prévoit de sanctionner plus systématiquement (mais aussi plus légèrement, sans pour autant exclure le recours à la prison) les usagers de stupéfiants (lire ci-dessous).
Et si l’histoire vous passionne, François-Xavier vous conseille de vous plonger dans Narcorrido, a journey into the music of drugs, guns and guerrillas, le livre de référence sur le sujet, signé Elijah Wald (ed. Harpercollins)
| Web Fouine |
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Un prince saoudien accusé d’avoir, en mai 1999, transporté du Venezuela vers la France à bord de son Boeing, deux tonnes de cocaïne avec la complicité de narcotrafiquants colombiens et de truands français. C’est l’affaire qu’avait à juger aujourd’hui le tribunal de Bobigny.
Objet de deux mandats d’arrêt internationaux (français et américain), le prince Nayef al-Shaalan, diplomate proche de l'ancien roi, n’était pas venu jusqu’à Bobigny, où il était représenté par son frère, venu d'Arabie saoudite, et Me Vergès. C’est que le prince, qui clame son innocence, prend l’affaire au sérieux : un tel dossier nuit quelque peu au climat des affaires… et l’oblige à ne pas quitter le territoire saoudien. Sa famille exigeait donc un procès immédiat pour le laver définitivement de tous soupçons. Et comme il n'y a pas de Vergès sans complot et pas de complot sans Vergès, pour la défense, toute l’affaire n’est... qu’un vaste complot de
Et de préciser: «Ma famille et moi sommes les plus grands opposants à l'Amérique en Arabie saoudite parce que nous ne voulons pas nous soumettre.» Pour lui, la justice française fait délibérément traîner l’affaire pour ne pas avoir à admettre que l’ensemble de ce dossier est une supercherie. «J’étais moi-même à bord de cet avion avec mon frère et mes deux filles de 3 et 11 ans. Quel monstre transporterait de la drogue avec ses filles ? De plus, les faits sont incohérents. Nous avons atterri à l'aéroport du Bourget le 16 mai, alors que la drogue serait arrivée le 15. Et comment faire tenir 100 valises de drogues et les passagers dans un si petit avion?» (Son frère et lui utilisent d'habitude un 747 et non un 727...).
Egalement, et étonnamment, présent dans le public, Didier Dubreucq. Lui a de quoi ne pas être content. Accusé d’avoir organisé la réception et la planque de la cocaïne en France, il a été condamné, devant la même chambre du tribunal de Bobigny, en 2003, à huit ans et demi de prison. Soit la principale peine prononcée dans toute cette affaire. Beaucoup plus que les cerveaux colombiens de ce dossier, qui ont pourtant été arrêtés, ont avoué et ont été jugés à Miami (de 22 à 34 mois de prison en remerciement de leur coopération avec la justice américaine).
Libre, Dubreucq confirme en tous points la version du frère du prince. Et n’hésite pas, devant la presse, à surenchérir sur ce dernier pour prouver l'innocence d'Al-Shaalan. Qu'il dit pouvoir prouver. A tel point que Vergès en fait son «héros». Car pour Dubreucq, «il y a deux innocents dans ce dossier: Al-Shalaan et moi» et là encore, «les Américains sont derrière tout ça».
On ne le saura pas aujourd’hui. L’avocat français d’un des parrains colombiens a demandé le renvoi. Déjà jugé aux Etats-Unis, son client venait, dit-il, d’apprendre que la justice française lui réclamait des comptes et n’aurait désigné son avocat que début octobre. Insuffisant pour préparer sa défense. De plus, les pièces du dossier transmises à l'avocat français depuis les Etats-Unis auraient été volées lors du braquage d'un fourgon DHL... L’affaire est renvoyée au 28 mars.
(Si vous ne voyez pas la vidéo, téléchargez-la ici ou téléchargez Quicktime)
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