Le directeur du programme des Nations unies contre les drogues sur la sellette
Antonio Maria Costa passera-t-il l’hiver? Le directeur de l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC), déjà l’objet de critiques récurrentes depuis sa prise de fonctions en 2002, doit faire face à une fronde au sein de son équipe, au désaveu de certains pays donateurs ainsi qu’à un rapport plus que mitigé des services d’enquête interne (OIOS) de l’ONU. Rapport dont je publie ici en exclusivité une version provisoire (en anglais) qui n’a pas encore été amendée par les services de monsieur Costa. Le tout se déroule alors que le 4 janvier, comme le veut la tradition, le nouveau secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a demandé à ses adjoints de lui remettre leur démission, le laissant libre de les confirmer ou non. Dans une lettre adressée à l’équipe le 5 janvier et que m’a fait parvenir un ex-membre de l’ONUDC, le directeur se targue pourtant de belles réussites: «Depuis cinq ans, le profil de l’agence s’est aiguisé, ses perspectives se sont améliorées et ses financements se sont considérablement accrus.» «J’ai également rappelé au Secrétaire général que l’ONUDC est devenu un pôle d’excellence pour son système de management.»
Satisfécit quelque peu contredit par le rapport des services internes de l’ONU, qui, s’ils notent des améliorations incontestables, émettent de sérieux doutes sur les finances et le management. Ainsi de la diminution de 20% des contributions volontaires au budget général (passé de 18.5 millions de dollars en 2004 à 14.9 en 2006). Et ce alors que les dépenses, liées à la masse salariale, augmentent. «Au lieu d’augmenter les activités opérationnelles, Costa a préféré augmenter la bureaucratie et recruter d’avantages de fonctionnaires chargés de tâches purement administratives. Cela a beaucoup irrité les principaux Etats donateurs qui ont refusé de financer ces postes. Le résultat est qu’il doit désormais faire face à un très grave déficit de 2 millions de dollars dans son budget annuel», confirme un membre de l’ONUDC dans un mémo interne aussi assassin qu’anonyme.
«L’ONUDC partage ces craintes et a déjà alerté sur le déclin des contributions volontaires au budget général, qui dépend pour près de 90% de ces contributions, se défend
L’OIOS critique également vivement certaines décisions de la direction, comme celle de fermer le bureau des Caraïbes pour des raisons strictement budgétaires, sans aucune concertation avec les pays concernés, qui s’en sont plaints. De manière générale, «il n’y a pas de critères clairs et uniformes pour le développement de projets», notent les enquêteurs. De même, certains projets de terrain «sont retardés en raison de retards au centre (à Vienne, ndlr), affaiblissant la crédibilité de l’office.»
En ce qui concerne le management du personnel, l’OIOS note «que la transparence dans le processus de sélection n’est pas effective» (dans 22 cas en 2005-2006 le directeur aurait, sans raison, contourné la procédure officielle pour pourvoir un poste). Une critique récurrente. On peut ainsi lire dans le même mémo anonyme qu’Antonio Maria Costa «se serait entouré de courtisans assoiffés de promotion qui ne connaissent rien à la drogue et au crime. Il continue de s’appuyer sur certains membres du personnels qui ont été les pires conseillers d’Arlacchi» (son prédécesseur, remercié par Kofi Annan pour sa mauvaise gestion). Avant de conclure : «Antonio Maria Costa a totalement perdu la confiance et même le respect de la part du personnel.»
Une confiance qui, à en croire l’auteur du mémo, serait également chancelante chez les pays donateurs: «Il a perdu la confiance aussi bien des Etats conservateurs que des Etats progressistes. A cause de son comportement, les Etats-Unis, l’Union Européenne et les grandes organisations internationales sont de plus en plus suspicieuses et distantes vis-à-vis de l’UNODC.» «Le danger, poursuit l’auteur, est désormais qu’à l’occasion de l’arrivée du nouveau Secrétaire Général, Antonio Maria Costa soit contraint à la démission et remplacé sans discussion par un Américain, sans aucune contrepartie pour l’Italie.»
Alors Antonio Maria Costa sera-t-il tout de même reconduit? Probablement oui, puisqu’à l’ONU la diplomatie est reine, que le rapport de l’OIOS sera probablement adouci avant publication, que le gouvernement de Romano Prodi préfèrera, malgré son hostilité, soutenir Costa que de perdre son poste et, enfin, que les Etats-Unis n'ont pas trop à se plaindre de lui. Mais ce dernier en ressortira probablement encore plus affaibli qu’il ne l’est déjà. Et encore plus dépendant des Etats-Unis.