OICS: le point sur le marché des drogues dans le monde

Publié le par Arnaud Aubron

Le rapport est sous embargo jusqu’à cette nuit 00h00, mais mes camarades de RTL Belgique ayant décidé de le briser, la chasse est ouverte. Voici donc un résumé des principales conclusions du rapport 2007 de l’Organe international des stupéfiants (OICS), bureau de l’ONU chargé d’évaluer l’application des conventions contre les drogues. Bien entendu, ce type de rapports est à prendre avec des pincettes, mais relève tout de même de grandes tandances.
Je vous en parlais justement la semaine dernière sur Drogues News, la tendance est confirmée par le rapport: «L'abus de médicaments légaux va dépasser les drogues illicites.» Ce qui serait déjà le cas en Amérque du Nord ou en Europe. Au hit-parade de ces médicaments détournés, le Fentanyl, opioïde de synthèse dont la prescription aurait plus que triplé depuis 2000. En France, 25% des prescriptions de Subutex (opioïde utilsé en substitution à l’héroïne) alimentent le marché noir. Enfin, nouveauté: l’abus d’anorexigènes, «actuellement utilisés sans discrimination pour nourrir l'obsession de l'amaigrissement qui touche certaines sociétés», relève le Nigérian Philip Emafo, président de l'OICS, qui s’inquiète également du développement de dizaines de milliers de cyberpharmacies qui commercialisent des produits volés, contrefaits, détournés voire périmés. "Il importe que les consommateurs prennent conscience que les médicaments achetés sur le marché non réglementé peuvent être mortels lorsque ce ne sont pas des produits authentiques ou lorsqu'ils sont consommés sans avis médical", a-t-il souligné. Preuve ultime que la chimie a de beaux jours devant elle, l’abus de drogues de synthèse serait en hausse en Amérique, en Europe et en Asie, surtout en ce qui concerne la méthampétamine.
Dernier point du rapport, l’émergence de l’Afrique comme plaque tournante des trafics d’héroïne et de cocaïne, dont la consommation explose en Europe et en Asie.
Enfin à tout seigneur tout honneur, le cannabis reste la drogue illicite la plus consommée dans le monde.

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Publié dans drogues

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O
- Yann Bisiou, sur le Rapport 2003 de l'OICS : <br /> <br /> "Est-il vraiment nécessaire de commenter le dernier rapport annuel de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS )? Cet organisme est en principe chargé de vérifier l'application des trois conventions sur les drogues adoptées dans le cadre des Nations-Unies, convention unique de 1961, convention sur les psychotropes de 1971 et convention de 1988 sur la répression du trafic illicite.<br /> <br /> Le rapport annuel qu'il consacre à la situation du trafic et de l'usage de drogues illicites pourrait offrir une information inégalée sur l'état du phénomène dans le monde. Malheureusement il y a bien longtemps que l'OICS a renoncé à s'intéresser à la raison d'être de ces conventions - réduire l'usage de drogue et ses dangers - pour privilégier une approche étroite et dogmatique fondée sur la défense de la prohibition. L'Organe persiste ainsi à faire de son rapport annuel un outil de propagande plutôt qu'un document d'information. À titre de comparaison, on invitera le lecteur à consulter le rapport de l'OEDT pour voir la différence entre une démarche polémique et une démarche scientifique.<br /> <br /> (...)<br /> <br /> L'opposition dogmatique aux politiques de réduction des risques<br /> <br /> Le soutien inconditionnel de l'OICS à la prohibition l'amène à s'opposer depuis dix ans à toutes les initiatives prises pour réduire l'usage de drogues et ses dangers. Le discours n'est pas dénué d'excès. En 1990 on pouvait déjà lire : " tout relâchement de la lutte contre la drogue constitue non seulement une inexécution d'obligations conventionnelles mais est aussi indéfendable sur le plan moral et équivaudrait à livrer la communauté internationale aux cartels de la drogue" (rapport pour 1990, §10).<br /> <br /> Depuis cette époque, la réduction des risques s'est imposée. Elle a permis de diminuer l'usage d'héroïne que cinquante années de prohibition n'étaient pas parvenues à contenir.On aurait pu s'attendre à ce que l'OICS encourage une politique qui atteignait un des objectifs primordiaux des conventions internationales sur les stupéfiants ; il n'en est rien. La réduction des risques, qualifiée par l'OICS de "réduction des effets néfastes" est systématiquement dénigrée au profit de la "réduction de la demande", c'est-à-dire de la prohibition. Ses avantages sont niés, ses inconvénients soulignés. Au fil des années, l'Organe insiste sur les risques d’abus et de détournement de la buprénorphine (Rapport pour 1999, §168 et 475) et s’oppose aux expériences Suisses et néerlandaise de distribution contrôlée d’héroïne. Il se dit "préoccupé" ou "inquiet" par ces programmes (rapport pour 1998, §435 et §436) et "n’encourage pas" les autres pays à les suivre (rapport pour 1999, §452). Quant aux expériences de création de salles d'injection, elles sont considérées comme contraires aux conventions internationales (rapport pour 1998, §437).<br /> <br /> Le rapport pour 2002 s'inscrit dans la même tendance mais, face aux progrès enregistrés par la réduction des risques, le discours de l'OICS devient outrancier, pour ne pas dire injurieux. L'avant-propos qualifie la réduction des risques de "groupe de pression" qui proclamerait "qu’il existe des moyens sûrs d’abuser des drogues". Jamais les partisans de la réduction des risques n'ont tenu un tel discours. Même les antiprohibitionnistes les plus libertaires reconnaissent les dangers des drogues. Mais L'OICS ne peut réfuter la diminution du taux de contamination par le SIDA chez les héroïnomanes, ni la diminution du nombre d'héroïnomanes en Europe. À défaut d'arguments objectifs, il privilégie l'invective. La réduction des risques et les partisans de la légalisation, "minorité bruyante" feraient preuve d'un " zèle missionnaire", agiraient "par des campagnes agressives et bien financées". Aucune justification n'est bien évidemment fournie par l'OICS pour étayer ces propos destinés à diaboliser une politique à laquelle l'Organe n'a jamais adhéré. Il faut dire que l'OICS ne considère pas les usagers comme des citoyens mais comme de dangereux vecteurs de maladies contagieuses ou comme des délinquants compulsifs qui volent et se livrent à la prostitution (rapport pour 1997, §3 et 4), "errant au coin des rues et dans les gares, mendiant de l’argent pour financer leurs habitudes de consommation" (rapport pour 2002, avant-propos).<br /> <br /> Il y a bien longtemps que l'OICS a cessé de s'en tenir à la lettre des conventions internationales pour défendre ce qu'il estime en être "l'esprit", c'est-à-dire la prohibition. Marqué par l'origine religieuse, quasi-mystique, de la réglementation internationale des drogues, il poursuit une "croisade" vaine et parfois dangereuse sans chercher à évaluer objectivement les conséquences de la politique qu'il défend. La lutte internationale contre l'abus de drogue ne gagne rien à ces outrances qui desservent les actions parfois utiles qui pourraient être menées dans le cadre du PNUD ou du PNUCID en faveur du développement économique des pays producteurs de drogue."<br /> <br /> Info sur Yann Bisiou, disponibles sur son site référencé sur ce blog: il est docteur en droit privé, maître de conférences àl'Université Paul Valéry - Montpellier III. Ancien expert associéauprès du PNUCID, le programme "drogues" des Nations-Unies, il est également membre du conseil scientifique de la MILDT<br /> (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie) et de l'OEDT (office européen des drogues et destoxicomanies).<br /> <br /> Ces analyses sont toujours d'actualités, un petit extrait :<br /> <br /> § 175 : " (...) des salles d’injection de drogues où les toxicomanes peuvent impunément consommer des drogues acquises sur le marché illicite, continuent <br /> d’être utilisées dans un certain nombre de pays, dont <br /> l’Allemagne, l’Australie, le Canada, l’Espagne, le <br /> Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et la Suisse. Il <br /> regrette qu’aucune mesure n’ait été prise pour mettre <br /> fin à la mise en service, dans les pays concernés, de <br /> telles structures dont le nombre a augmenté dans <br /> certains cas. Certaines structures de ces pays prévoient pour les toxicomanes des espaces d’inhalation et d’injection de drogues." <br /> <br /> § 179 : " L’Organe encourage les gouvernements à veiller à ce que des mesures efficaces soient prises pour lutter contre l’abus de drogues et la propagation du VIH/sida,conformément aux obligations qui leur incombent en vertu des traités internationaux relatifs aux drogues. Il prie instamment les gouvernements des pays où des salles de consommation de drogues sont utilisées, non pas d’aménager de telles salles, mais de fournir des services adéquats aux personnes ayant besoin de traitement ou de réadaptation, conformément aux dispositions des traités internationaux relatifs aux drogues. " <br /> <br /> Les analyses critiques sont donc légitimes et nécessaires pour mettre en lumière l'urgence de l'approndissement de politiques de réduction des risques liés aux usages de drogues et liés aux politiques publiques elles-mêmes, au regard de leurs résultats et de leurs progrès potentiels.
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