Fumeuse attaque contre France Info
France Info fait-elle la promotion du cannabis ? C’est en tout cas l’accusation que portait vendredi à son endroit Media-Ratings, «instance indépendante qui évalue la fiabilité des informations diffusées par les médias». Une station de radio publique, contrôlée par le gouvernement, se permettrait-elle de faire la «promotion» d’une drogue ? Voyons de plus près et comportons-nous à notre tour comme une « instance indépendante qui évalue la fiabilité des informations diffusées par »… Media-Ratings.
En cause, un reportage de Franck Cognard du 10 novembre sur l’autoproduction de cannabis, phénomène devenu massif depuis quelques année en France. «France-Info a offert près de quatre minutes de promotion à la culture de cette drogue», accuse en introduction, et tout dans la nuance, le juge des médias.
Suit, dans l’article de Media-Ratings, toute une liste de citations censées prouver la mauvaise foi de Franck Cognard. Prises une par une, ces phrases sont toutes absolument indiscutables («Le matériel, c’est entre 300 et 600 € de mise de fond. Et un cultivateur très méthodique peut obtenir jusqu’à, dit-on, 6 récoltes par an», «Faire pousser son cannabis, c’est possible dans son jardin, c’est possible à la campagne. C’est aussi possible en appartement, en intérieur donc…») mais leur juxtaposition et la sortie de leur contexte vise à montrer, maladroitement, qu'il ya bien promotion subliminale du cannabis. En fait, ce reportage semble bien au contraire très bien documenté et l’un des rares à présenter le phénomène de manière réaliste, sans diabolisation ni encouragement. Il se termine d’ailleurs par un avertissement sur les peines encourues. Alors que reproche-t-on à France Info?
D’abord d’«insinuer» que l’autoproduction peut se faire «en toute impunité». Preuve de l'«insinuation», ce commentaire de Franck Cognard : «Les services de police sont de toute façon plus orientés vers la lutte contre le trafic et le deal de cannabis que vers la lutte contre l’autoculture.» Ce que confirmera n’importe quel policier un peu honnête.
Au final, France Info est coupable d’avoir passé à l’antenne une «incitation à cultiver du cannabis chez soi». C’est en tout cas, selon Media-Ratings «l’impression d’ensemble qu’aura eu n’importe quel auditeur». Voilà donc le fond du problème. «L’impression d’ensemble». Tout, dans ce reportage, est exact, mais l’«impression d’ensemble» ne serait pas la bonne. Pas assez prohibitionniste peut-être ? Le journaliste n’insisterait-il pas assez sur le fait que la drogue, c’est mal ? Et dangereux. «Pour une présentation plus équilibrée du sujet, il aurait été intéressant de rappeler les dangers avérés du cannabis.» Mais faudrait-il, à chaque fois que l’on fait un reportage sur l’automobile, rappeler les milliers de morts sur les routes ? Ou les morts du sida lorsque l’on fait un reportage sur le sexe ? Franck Cognard ne faisait pas son reportage sur les dangers du cannabis (sujet traité à foison, et généralement assez mal, par ses confrères) mais sur un phénomène bien réel quoi qu’on en pense : l’autoproduction de cannabis. Dommage que cette nuance ait échappé à Media-Ratings.
Alors institut de média-critique ou ligue de vertu ? Mon évaluation "indépendante" de leur évaluation : nulle.
En cause, un reportage de Franck Cognard du 10 novembre sur l’autoproduction de cannabis, phénomène devenu massif depuis quelques année en France. «France-Info a offert près de quatre minutes de promotion à la culture de cette drogue», accuse en introduction, et tout dans la nuance, le juge des médias.
Suit, dans l’article de Media-Ratings, toute une liste de citations censées prouver la mauvaise foi de Franck Cognard. Prises une par une, ces phrases sont toutes absolument indiscutables («Le matériel, c’est entre 300 et 600 € de mise de fond. Et un cultivateur très méthodique peut obtenir jusqu’à, dit-on, 6 récoltes par an», «Faire pousser son cannabis, c’est possible dans son jardin, c’est possible à la campagne. C’est aussi possible en appartement, en intérieur donc…») mais leur juxtaposition et la sortie de leur contexte vise à montrer, maladroitement, qu'il ya bien promotion subliminale du cannabis. En fait, ce reportage semble bien au contraire très bien documenté et l’un des rares à présenter le phénomène de manière réaliste, sans diabolisation ni encouragement. Il se termine d’ailleurs par un avertissement sur les peines encourues. Alors que reproche-t-on à France Info?
D’abord d’«insinuer» que l’autoproduction peut se faire «en toute impunité». Preuve de l'«insinuation», ce commentaire de Franck Cognard : «Les services de police sont de toute façon plus orientés vers la lutte contre le trafic et le deal de cannabis que vers la lutte contre l’autoculture.» Ce que confirmera n’importe quel policier un peu honnête.
Au final, France Info est coupable d’avoir passé à l’antenne une «incitation à cultiver du cannabis chez soi». C’est en tout cas, selon Media-Ratings «l’impression d’ensemble qu’aura eu n’importe quel auditeur». Voilà donc le fond du problème. «L’impression d’ensemble». Tout, dans ce reportage, est exact, mais l’«impression d’ensemble» ne serait pas la bonne. Pas assez prohibitionniste peut-être ? Le journaliste n’insisterait-il pas assez sur le fait que la drogue, c’est mal ? Et dangereux. «Pour une présentation plus équilibrée du sujet, il aurait été intéressant de rappeler les dangers avérés du cannabis.» Mais faudrait-il, à chaque fois que l’on fait un reportage sur l’automobile, rappeler les milliers de morts sur les routes ? Ou les morts du sida lorsque l’on fait un reportage sur le sexe ? Franck Cognard ne faisait pas son reportage sur les dangers du cannabis (sujet traité à foison, et généralement assez mal, par ses confrères) mais sur un phénomène bien réel quoi qu’on en pense : l’autoproduction de cannabis. Dommage que cette nuance ait échappé à Media-Ratings.
Alors institut de média-critique ou ligue de vertu ? Mon évaluation "indépendante" de leur évaluation : nulle.
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