Sarkozy atteint de schizophrénie cannabique
«Recréer l'interdit social sur la consommation de drogue.» C’est ce qu’a proposé vendredi le ministre de l’Intérieur à trois jeunes du quartier en difficulté Drouot, à Mulhouse (Haut-Rhin), qui l’interpellaient sur la question du cannabis.
Dans la bouche du chef de la police de l’un des pays européens les plus sévères en matière de législation de stupéfiants, l’argument pourrait presque relever de la schizophrénie cannabique. Car la France ne semble pas précisément avoir oublié «l’interdit social» pour les fumeurs de pétard. A la différence de nombre de ses voisins: dans l’Union à 25, seuls cinq pays considèrent la consommation de cannabis comme une infraction pénale (Chypre, la France, la Grèce, la Finlande et la Suède -lire le rapport de l’OEDT). Une législation qui n’est pas sans effets : en France, en 2005, 90905 personnes ont été arrêtées pour usage de cannabis (contre un peu plus de 10 000 pour toutes les autres substances interdites). Résultat de tout ce zèle, comme l’a confirmé le rapport de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) publié la semaine dernière, la France reste, avec l’Espagne et le Royaume-Uni, le pays où l’on consomme le plus de cannabis. En particulier chez les jeunes. Et s’il fallait abandonner définitivement ses certitudes en la matière, ces deux derniers pays sont à l’autre bout de l’échiquier législatif européen par rapport à la France, parmi les plus libéraux. Enfin les Pays-Bas, plus libéraux encore, enregistrent eux des niveaux de consommation nettement moindres…
De là à penser que la législation est sans effet sur les niveaux de consommation, il n'y a qu'un pas. Que Nicolas Sarkozy ferait bien de franchir, alors qu'il défend à l’Assemblée un projet de loi sur la délinquance qui prévoit de sanctionner plus systématiquement (mais aussi plus légèrement, sans pour autant exclure le recours à la prison) les usagers de stupéfiants (lire ci-dessous).